Le mercantilisme renaît : comment les États-Unis et la Chine relancent une théorie économique du XVIe siècle
Mercantilisme : le retour d'une théorie économique du XVIe siècle

Le mercantilisme : une théorie économique historique qui fait son retour

Le mercantilisme, une doctrine économique développée aux XVIe et XVIIe siècles par des penseurs comme Antoine de Montchrestien et Jean Bodin, et mise en pratique par des figures telles que Jean-Baptiste Colbert, connaît un regain d'intérêt sur la scène internationale contemporaine. Cette théorie repose sur plusieurs piliers fondamentaux :

  • La nécessité d'accumuler des excédents commerciaux
  • L'adoption de mesures protectionnistes pour limiter les importations
  • La promotion active des exportations via des subventions et des politiques industrielles ciblées
  • La conviction que l'économie mondiale fonctionne comme un jeu à somme nulle, où les gains d'un pays correspondent nécessairement aux pertes d'un autre

Historiquement, les excédents commerciaux étaient perçus comme essentiels à l'enrichissement national, permettant notamment d'augmenter les réserves d'or au XVIe siècle. Le mercantilisme ignore complètement le concept d'avantages comparatifs et de spécialisation productive, qui pourtant constitue le fondement des théories modernes de création de richesse par le commerce international.

Les États-Unis : un virage protectionniste spectaculaire

Dans la période récente, alors que l'Union européenne maintient une orientation largement libre-échangiste, comme en témoignent les accords commerciaux signés avec le Mercosur ou l'Inde, les États-Unis et la Chine semblent embrasser de plus en plus une vision mercantiliste des relations économiques internationales.

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La stratégie américaine s'est matérialisée de manière particulièrement visible par l'utilisation massive des droits de douane. Le tarif douanier moyen appliqué aux importations américaines est passé de légèrement plus de 2% au début de 2025 à 17,5% au début de 2026, avant de retomber à 9,1% suite à une décision de la Cour suprême. Cette politique avait pour objectif déclaré de réduire le déficit extérieur américain, et les résultats semblent significatifs : le déficit commercial mensuel pour les biens et services est passé de 125 milliards de dollars au début de 2025 à 50 milliards de dollars à la fin de la même année.

Le calcul initial des droits de douane, basé sur le déficit commercial bilatéral avec chaque pays partenaire, illustre parfaitement le fondement mercantiliste de cette approche protectionniste. Parallèlement, Washington exerce d'importantes pressions sur ses partenaires pour qu'ils augmentent leurs investissements et leurs achats sur le territoire américain, particulièrement dans les secteurs de l'énergie, du matériel militaire et de l'aéronautique.

La Chine : une dépréciation monétaire stratégique et des investissements massifs

De l'autre côté du Pacifique, la Chine a opté pour une stratégie différente mais tout aussi mercantiliste. Le renminbi (RMB) a connu une dépréciation significative, passant de 6,32 RMB par dollar au début de 2022 à 6,88 RMB par dollar au début de 2026, créant ainsi une sous-évaluation réelle substantielle de la monnaie chinoise.

Pékin poursuit simultanément une politique agressive de développement des exportations, qui ont augmenté de 16% en volume sur un an à la fin de 2025. Cet essor s'appuie sur des investissements massifs dans des secteurs stratégiques :

  1. L'industrie pharmaceutique
  2. L'industrie automobile
  3. Les semi-conducteurs
  4. Les batteries électriques

Cette orientation exportatrice contraste fortement avec la faiblesse de la demande intérieure chinoise, marquée par une croissance inférieure à 3% sur un an et des ventes au détail progressant de seulement 0,9% en décembre 2025. Le résultat de cette stratégie est impressionnant : l'excédent commercial chinois a atteint 1 200 milliards de dollars en 2025, une somme ensuite utilisée pour développer massivement des prêts internationaux dans les secteurs stratégiques.

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Les motivations profondes derrière ce retour au mercantilisme

Pourquoi ces deux grandes puissances économiques ont-elles opté pour des politiques mercantilistes ? Aux États-Unis, cette orientation semble répondre à la perception que les gains liés au développement des échanges commerciaux ont été moins significatifs que les pertes associées. L'industrie manufacturière américaine a en effet subi un déclin marqué :

  • Les emplois manufacturiers sont passés de 17,2 millions en 2000 à 12,7 millions à la fin de 2025
  • La production manufacturière a reculé de 8,4% entre 2008 et la fin de 2025

Cette désindustrialisation a accentué la pauvreté et fait régresser les compétences de la population active, créant un terreau fertile pour les politiques protectionnistes.

En Chine, la décision semble davantage liée au vieillissement démographique accéléré. Avec un taux de fécondité de seulement 1 en 2025, la population chinoise pourrait se diviser par deux à chaque génération. La demande intérieure reste faible en raison de ce recul démographique, de l'épargne de précaution élevée et des prix prohibitifs de l'immobilier. Dans ce contexte, l'expansion des exportations apparaît comme la seule source de croissance disponible.

Les conséquences pour l'Europe et l'équilibre économique mondial

Pour l'Union européenne, cette double stratégie mercantiliste américaine et chinoise représente un défi majeur. Elle risque d'affaiblir la croissance européenne via le recul des exportations et le déplacement des investissements vers ces deux pays. L'histoire économique montre clairement que lorsqu'un nombre significatif de pays adopte une stratégie mercantiliste, les autres nations ne peuvent pas rester indéfiniment libre-échangistes sans subir des conséquences négatives importantes.

Cette résurgence du mercantilisme pose donc une question fondamentale pour l'avenir du commerce international : assisterons-nous à une généralisation de ces pratiques protectionnistes, ou l'Europe et d'autres acteurs économiques parviendront-ils à maintenir un modèle plus ouvert ? La réponse à cette question déterminera largement la configuration des relations économiques internationales dans les années à venir.