Le ministre de l'Économie sollicite Bruxelles face aux inquiétudes sur les marges des raffineries
Roland Lescure, ministre de l'Économie, a annoncé ce vendredi 3 avril avoir officiellement écrit à la Commission européenne. Dans cette correspondance, il demande à l'institution bruxelloise de lancer une enquête approfondie sur les marges pratiquées par les raffineries opérant en Europe. L'objectif déclaré est de s'assurer qu'il n'existe « pas d'abus » dans ce secteur, une préoccupation qui survient dans un contexte de forte hausse des prix des carburants à la pompe, elle-même liée à la guerre au Moyen-Orient.
Une lettre pour une enquête européenne
« J'ai écrit à la Commission européenne, j'ai envoyé aujourd'hui une lettre pour lui demander de faire une enquête dans les raffineries européennes pour s'assurer qu'il n'y avait pas d'abus », a précisé le ministre lors de son passage dans l'émission C à vous sur France 5. Il a rappelé que des contrôles avaient déjà été menés sur les marges des distributeurs, aboutissant à la conclusion qu'aucun abus n'était avéré de ce côté-là.
Ces précédents contrôles s'inscrivaient dans le plan gouvernemental déployé pour faire face à la hausse des prix des carburants. Plus de 630 stations-service avaient été inspectées, et la répression des fraudes avait annoncé le 12 mars que 5 % d'entre elles avaient fait l'objet de sanctions.
Les allégations concernant TotalEnergies et « 70 cargaisons »
L'initiative de Roland Lescure fait suite à des déclarations publiques de Thierry Cotillard, patron du Groupement Mousquetaires/Intermarché. Ce dernier avait appelé, jeudi sur RTL, le gouvernement à « convoquer » les raffineurs, citant notamment TotalEnergies. Il avait affirmé que la multinationale pétrolière avait réalisé, il y a quelques semaines, un achat « à bon prix » de « 70 cargaisons » de pétrole.
Ces propos faisaient référence à des informations publiées par le Financial Times. Le quotidien économique britannique avait affirmé lundi que TotalEnergies avait acheté en mars, au Moyen-Orient, la quasi-totalité des cargaisons de pétrole exportables sans transiter par le détroit d'Ormuz. Selon le journal, cette activité de négoce, distincte de l'activité de raffinage, aurait rapporté à l'entreprise plus d'un milliard de dollars. Contacté par l'AFP, TotalEnergies n'a ni démenti ni confirmé ce montant.
Un appel à une approche européenne et non individuelle
Le ministre a indiqué avoir « échangé » avec les représentants des raffineurs, y compris avec le PDG de TotalEnergies. Cependant, il a insisté sur la nécessité d'une approche collective : « si on souhaite parler des raffineries, il faut le faire au niveau européen ». Roland Lescure a ainsi appelé à ne pas « pointer du doigt tel ou tel » acteur, privilégiant une investigation coordonnée à l'échelle de l'Union européenne pour examiner les pratiques de l'ensemble du secteur face à la volatilité des marchés et aux tensions géopolitiques.



