Le groupe Lagardère soupçonné d'ingérence dans les travaux parlementaires
Selon des documents internes révélés par le site d'information Mediapart, le groupe Lagardère aurait tenté d'influencer les travaux de la commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel public. Cette révélation intervient alors que la commission, créée en début d'année, examine les conditions de financement et de gouvernance des médias publics français.
Les documents, datés de février et mars 2026, montrent que des responsables de Lagardère auraient cherché à entrer en contact avec plusieurs députés membres de la commission. L'objectif serait de défendre les intérêts du groupe, notamment en ce qui concerne la régulation des médias et la concurrence avec les chaînes publiques.
Des méthodes contestées
Le groupe Lagardère, qui possède notamment le journal Le Journal du Dimanche et la chaîne Europe 1, a toujours nié toute tentative d'influence indue. Dans un communiqué, la direction affirme que ses échanges avec les parlementaires se sont déroulés dans le cadre d'un dialogue transparent et respectueux des règles. Cependant, les documents révélés par Mediapart suggèrent des approches plus directes, avec des propositions de rencontres informelles et des arguments visant à orienter les conclusions des enquêteurs.
Plusieurs députés ont confirmé avoir été contactés par des représentants de Lagardère. L'un d'eux, qui a requis l'anonymat, confie : « Ils ont essayé de nous convaincre que le service public faisait concurrence déloyale au privé, et que les règles devaient être assouplies pour les groupes comme le leur. »
Réactions politiques
La révélation a suscité de vives réactions au sein de la classe politique. Le président de la commission d'enquête, le député LFI François Piquet, a dénoncé une « tentative d'intimidation » et a annoncé que la commission pourrait entendre les dirigeants de Lagardère dans les prochains jours. « Nous ne laisserons personne entraver notre travail », a-t-il déclaré.
De son côté, le ministre de la Culture, Jean-Charles Lancelin, a appelé à la plus grande transparence : « Les commissions d'enquête sont essentielles à notre démocratie. Toute tentative de pression est inacceptable. »
Un contexte tendu pour l'audiovisuel public
Cette affaire survient dans un climat déjà tendu pour l'audiovisuel public, confronté à des baisses de budget et à des critiques récurrentes sur son indépendance. La commission d'enquête, qui doit rendre ses conclusions en juin, examine notamment le financement de France Télévisions, Radio France et de l'INA.
Lagardère, qui milite depuis longtemps pour une réduction des subventions publiques aux médias, voit dans cette commission une occasion de faire avancer ses idées. Mais les méthodes employées pourraient se retourner contre le groupe, qui risque une mise en cause publique et des sanctions éthiques.
Les suites de l'affaire
Mediapart a annoncé qu'il publierait prochainement d'autres documents montrant l'ampleur des tentatives d'influence de Lagardère. Le groupe, de son côté, menace de poursuivre le site pour diffamation. L'affaire pourrait également rebondir au Parlement, où une proposition de loi visant à renforcer les pouvoirs des commissions d'enquête est en discussion.
En attendant, la commission d'enquête poursuit ses auditions. Plusieurs experts en médias et en concurrence doivent être entendus cette semaine. L'audition des dirigeants de Lagardère, si elle a lieu, promet d'être houleuse.



