L'économiste Jean-Marc Daniel met en garde contre l'abus du terme "inflation"
Dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques et la flambée des prix de l'énergie, l'économiste Jean-Marc Daniel prend le contre-pied du discours ambiant. Il insiste sur le fait que qualifier la situation actuelle de crise inflationniste est non seulement erroné, mais également dangereux. Selon lui, le plus grand risque de cet abus de langage est de pousser les banques centrales à relever les taux d'intérêt, une mesure qu'il juge particulièrement néfaste pour l'économie.
Pourquoi le terme "inflation" est-il inapproprié ?
Dans un entretien accordé à L'Express, Jean-Marc Daniel, professeur d'économie à l'ESCP, développe son argumentation. Il rappelle d'abord la définition technique de l'inflation : une hausse des prix à la consommation durable et généralisée. Or, la situation actuelle ne correspond pas à cette définition. Les hausses de prix observées, notamment dans le secteur de l'énergie, sont selon lui temporaires et non structurelles.
Le danger principal réside dans la réaction des banques centrales. Un contexte qualifié d'inflationniste les incite à durcir leur politique monétaire, notamment en augmentant les taux d'intérêt. « La pire chose qui pourrait arriver en ce moment, c'est une augmentation des taux d'intérêt », affirme-t-il, soulignant que cette mesure serait pénalisante pour les entreprises et dramatique pour la conjoncture économique future.
Des précédents historiques éclairants
Pour étayer son propos, Jean-Marc Daniel s'appuie sur des exemples historiques. Il compare la situation actuelle au choc pétrolier des années 1970, qui fut véritablement inflationniste car le prix du baril est passé de 3 à 12 dollars et y est resté. En revanche, les récentes fluctuations des prix de l'énergie sont d'une nature différente.
- En 2022, le prix du gaz a été multiplié par 5 avant d'être divisé par 5.
- En 2008-2009, le pétrole a atteint des sommets, mais cette hausse a été de courte durée.
Ces épisodes démontrent que les poussées de prix peuvent être transitoires et ne pas s'installer dans la durée, contrairement à une véritable inflation.
Une orientation vers la déflation
Au-delà de la critique sémantique, Jean-Marc Daniel entrevoit une tendance de fond. « De façon structurelle, nous nous orientons vers une phase de déflation », déclare-t-il. Cette perspective contraste fortement avec les craintes exprimées par certains observateurs et institutions, comme l'Insee dans sa dernière note de conjoncture.
L'économiste reconnaît que certains prix vont augmenter, notamment en raison de la diffusion du coût plus élevé de l'énergie dans l'ensemble de l'économie. Cependant, il insiste sur le caractère non durable de ce mouvement. La clé, selon lui, est de ne pas confondre une hausse temporaire des prix avec un phénomène inflationniste structurel, dont les implications politiques et économiques sont radicalement différentes.
En conclusion, Jean-Marc Daniel appelle à une plus grande rigueur dans l'analyse économique et le choix des termes. Une vigilance essentielle pour éviter des décisions politiques contre-productives qui pourraient aggraver la situation économique au lieu de l'améliorer.



