Les incendies qui ravagent la France depuis le début de l'été 2026 engendrent des dépenses colossales pour les collectivités locales. Selon Jérémy Giuliano, maire du Val dans le Var, le coût quotidien de la lutte contre les flammes s'élève entre 10 000 et 20 000 euros par jour. Ces sommes servent notamment à nourrir 500 pompiers et à héberger les habitants évacués.
Des dépenses d'urgence qui s'accumulent
« Quand on déclenche le plan communal de sauvegarde, la collectivité joue un rôle d'amortisseur et ça peut durer plusieurs semaines », explique l'élu à l'AFP. À ces frais d'urgence s'ajoutent ceux de la reconstruction. Dans certaines communes, la remise en état des réseaux d'eau peut représenter « plusieurs millions d'euros » selon lui.
Les conséquences ne se limitent pas à l'immédiat. « Une forêt perdue, c'est un risque de ruissellement, donc d'inondations, soit une deuxième crise à gérer à l'automne », prédit M. Giuliano, qui anticipe aussi une « perte de qualité de l'eau ».
L'exemple de Coustouge dans l'Aude
Un an après le mégafeu des Corbières, le traumatisme persiste à Coustouge, village de 130 habitants. Lorsque le feu a atteint la localité, les réseaux aériens d'électricité et de télécommunications ont été immédiatement hors service. « Nous étions coupés du monde. C'était l'apocalypse », se souvient le maire Paul Berthier. La garrigue, les pins et les vignobles ont payé le plus lourd tribut. « Quand le paysage de votre enfance part en fumée, ça n'a pas de prix », confie-t-il.
Depuis, l'enfouissement des réseaux est à l'étude, et la mairie envisage de créer une « bande tampon » de 500 mètres autour du village au titre des « obligations légales de débroussaillement ».
Des financements étatiques jugés insuffisants
Pour Sébastien Leroy, maire de Mandelieu et membre de l'Association des maires de France, le risque incendie gagne toute la France. Mais les collectivités se heurtent à des financements étatiques insuffisants, alors que tout l'espace public « n'est pas assurable » et que l'effondrement du tissu économique « pèse sur les ressources ». Il évoque un « système bloqué », pointant les « contraintes réglementaires » qui freinent le recours aux eaux usées traitées pour alimenter des réserves d'eau.
Dans le Gard, le maire de Lirac, Cédric Clemente, juge insuffisantes les aides européennes et gouvernementales pour entretenir les pistes DFCI (défense de la forêt contre les incendies) des petites communes cévenoles. La forêt a gagné 60 000 hectares en vingt ans. Or, selon la fédération Communes forestières France, chaque euro investi dans la prévention permet d'économiser 29 euros dans la reconstruction. « La perte de forêts qui stockent du CO2 et régulent le climat est impossible à chiffrer », ajoute-t-il.
Des aides qui n'arrivent pas
À Guillos en Gironde, 450 habitants, dont 90 % de la forêt a été détruite en 2022, l'ex-maire Marylène Doreau regrette : « L'État avait promis 80 % du coût de réparation des routes, on n'a eu que 30 % environ. »
Les départements, qui financent 60 % des 5,6 milliards de budget des services départementaux d'incendie et de secours (Sdis), sont fortement exposés. Leur contribution ayant doublé en vingt ans, ils réclament une réforme urgente du financement.
Des départements sous pression
Dans l'Aude, la présidente du conseil départemental Hélène Sandragné a dû débourser 400 000 euros pour louer un hélicoptère bombardier d'eau pendant l'été. « Il nous faut vraiment des moyens parce qu'un feu, avant, c'était 24 heures, […] mais aujourd'hui les feux sont d'une violence inouïe, les hommes restent plus longtemps, les matériels sont exposés », alerte-t-elle.
En Gironde, les mégafeux de 2022 ont occasionné 10,5 millions d'euros de surcoût pour le Sdis, notamment pour réparer les véhicules des pompiers. Malgré les 42 000 hectares brûlés cet été, le président du département Jean-Luc Gleyze assure à l'AFP qu'il ne pourra plus consentir un effort comparable, les finances étant déjà particulièrement dégradées. Aux coûts des secours, encore non chiffrés, s'ajoutent ceux de la remise en état des routes et des réseaux de fibre optique. L'élu appelle l'État à implanter une base « d'avions lourds » à proximité. « Sans cela, nous aurons des difficultés », prévient-il.



