ICE : « Un régime autoritaire s’installe aux États-Unis » selon un expert
ICE : « Un régime autoritaire s’installe aux États-Unis »

Deux morts à Minneapolis : le point de bascule

En marge d’une intervention de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) à Minneapolis, deux citoyens américains, Renee Good et Alex Pretti, ont trouvé la mort. Pour Romuald Sciora, directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis et chercheur associé à l’Iris, ces événements sont emblématiques d’une dérive autoritaire.

« Nous sommes en train d’assister depuis un an à la mise en place d’un régime autoritaire aux États-Unis. On a déjà dépassé la Hongrie de Viktor Orban », affirme-t-il. Selon lui, Donald Trump n’est plus l’homme isolé du premier mandat : il a été élu avec l’appui d’une extrême droite ultra-radicale, crypto-fasciste, qui orchestre une contre-révolution culturelle.

Une bavure ou une exécution ?

Sciora souligne que Renee Good n’était pas une terroriste et qu’elle a été abattue à bout portant. « Si l’administration voulait calmer le jeu, il serait très facile de parler d’une 'bavure' et de mettre l’auteur du tir en détention », estime-t-il. Mais l’administration Trump a préféré proférer des mensonges, envenimant la situation. Il cite également la mort d’un infirmier samedi dernier.

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« Je vis dans le seul quartier MAGA de Brooklyn, et ma propriétaire, une septuagénaire, croit à ces mensonges. Il y a de la manipulation », témoigne-t-il.

L’ICE : une police politique et brutale

Si certains artistes comme Natalie Portman ou Edward Norton comparent l’ICE à la Gestapo, Sciora nuance : « On n’en est pas là. Par contre, l’ICE est devenue une police politique, le bras armé d’un gouvernement autoritaire. » Créée sous George W. Bush pour lutter contre l’immigration clandestine et le terrorisme, l’unité a radicalement changé depuis le retour de Trump. Des milliers d’agents ont été licenciés et remplacés par des jeunes recrues peu formées, issues des rangs MAGA et recrutées sur l’idéologie. Beaucoup ont des casiers judiciaires effacés lors de leur intégration.

« Ils véhiculent la violence intrinsèque de cette administration, c’est ce qu’on appelle le masculinisme : une idéologie de la force et du virilisme poussé à l’extrême », explique Sciora.

Un climat de peur généralisé

L’objectif affiché est de lutter contre l’immigration clandestine, mais Sciora estime qu’il s’agit surtout de faire régner la peur. Il raconte que sa femme a vu des agents de l’ICE traîner sur le sol des immigrés illégaux qui vivaient dans une cave. « Pour l’instant, le pouvoir ne peut pas s’attaquer avec violence aux intellectuels, aux journalistes ou aux opposants, mais cela crée un sentiment d’oppression. C’est ainsi que tous les pouvoirs autoritaires consolident leur régime. »

L’appel de Barack Obama et Bill Clinton : trop tard ?

Barack Obama et Bill Clinton ont appelé les Américains au sursaut, mais Sciora juge cet appel tardif et peu clair. « Il n’aura strictement aucun effet, contrairement à l’appel de Jérôme Powell, le président de la Fed, qui avait touché les marchés financiers. » Selon lui, Bill Clinton est très impopulaire, et Barack Obama est honni par les républicains. « Un appel de George W. Bush aurait eu plus de portée. »

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