Un jeune chercheur publie une histoire économique ambitieuse de la France
À 31 ans, Charles Serfaty, chercheur à la Banque de France, vient de publier un ouvrage d'une ambition remarquable pour son âge : Histoire économique de la France, de la Gaule à nos jours aux éditions Passés/Composés. Ce livre de plus de 500 pages, commencé il y a quatre ans alors qu'il préparait son doctorat d'économie au prestigieux MIT de Cambridge, propose une analyse complète de l'évolution économique française sur une période exceptionnellement longue.
Retour à l'histoire globale dans un monde de surspécialisation
Dans un contexte académique marqué par la surspécialisation, Charles Serfaty opère un retour rafraîchissant à « l'histoire globale », s'inspirant des grands historiens pédagogues qu'il révère : Ernest Labrousse, Fernand Braudel, Emmanuel Le Roy Ladurie et Marc Bloch. Il puise également dans l'enseignement de son mentor à l'École normale supérieure, le professeur d'économie Daniel Cohen, disparu l'an dernier.
Le projet est né d'une déception personnelle : « Vous n'aviez pas trouvé une histoire économique de la France qui débute avant 1450 », explique-t-il. Cette lacune s'explique par la tendance récente à privilégier la spécialisation dans la recherche historique, au détriment des approches plus englobantes.
Les fondations économiques de la Gaule redécouvertes
Contrairement aux idées reçues, l'économie gauloise était déjà dynamique bien avant l'arrivée des Romains. Serfaty démontre que les Gaulois commerçaient activement avec les pays du bassin méditerranéen, comme en témoignent les épaves sous-marines et les preuves littéraires. Les fouilles archéologiques ont révélé des biens de prestige dans des tombes celtes, notamment des récipients à vin comme le célèbre cratère de Vix.
La topographie française a joué un rôle déterminant dans le développement économique précoce. « Le Rhône, la Loire et la Seine sont des avantages compétitifs majeurs pour la Gaule », souligne Serfaty, citant le géographe grec Strabon qui avait déjà noté cet atout au Ier siècle avant notre ère. Les voies navigables intérieures et les façades maritimes ont facilité le commerce et contribué à maintenir l'unité territoriale du pays.
Remise en cause des idées reçues historiques
L'ouvrage de Serfaty contredit plusieurs croyances établies. L'invasion de la Gaule par Jules César n'a pas marqué le décollage économique, qui était déjà en cours. De même, l'invention de l'imprimerie par Gutenberg n'a pas eu l'impact économique souvent attribué, la majorité des Français continuant à vivre au niveau de subsistance jusqu'au XIXe siècle.
Les bouleversements politiques du XIXe siècle ont eu peu d'incidence sur la croissance économique, qui a débuté de manière presque linéaire après 1815, pendant la Restauration. « Le rôle d'accélérateur du Second Empire dont on parle régulièrement est assez exagéré », affirme le chercheur.
Les périodes de prospérité et leurs moteurs
La France a connu deux grandes phases de prospérité économique après des désastres nationaux : après Waterloo et après la Seconde Guerre mondiale. Ces périodes de croissance dépassent largement le simple effet de reconstruction.
Le décollage du XIXe siècle s'explique par la fin des blocages de l'Ancien Régime, la mise en place d'un marché unique, la redistribution des terres de l'Église et les innovations industrielles comme le métier à tisser Jacquard. La croissance des Trente Glorieuses est quant à elle due à un État puissant et planificateur, un goût prononcé pour l'innovation et une démographie dynamique.
Leçons pour les décideurs contemporains
Serfaty tire plusieurs enseignements de son travail pour les dirigeants actuels. La stabilité fiscale est essentielle, car l'histoire montre que des impôts trop élevés peuvent générer de profonds bouleversements sociaux. La lutte contre le réchauffement climatique nécessitera un financement difficile à faire accepter par la population. Enfin, l'éducation reste une priorité absolue pour maintenir la compétitivité et profiter des innovations.
L'ouvrage de Charles Serfaty offre ainsi une perspective historique précieuse pour comprendre les défis économiques contemporains de la France, tout en rappelant les continuités profondes qui structurent l'économie nationale depuis ses origines gauloises.



