Un octogénaire du Gard en guerre pour 130 milliards de dollars
Christian Gibelin-Boyer, 81 ans, retraité de Saint-Hippolyte-du-Fort dans le Gard, se dit spolié d'une fortune gigantesque estimée à 130 milliards de dollars. Cette somme proviendrait du légendaire Trésor de Yamashita, constitué de 12 000 tonnes d'or cachées par l'armée impériale japonaise aux Philippines pendant la Seconde Guerre mondiale. L'homme, ancien barbouze des réseaux gaullistes, mène un combat acharné pour récupérer ce magot, qu'il considère comme sien.
L'authentification présumée par le fisc français en 2015
En février 2015, Christian Gibelin-Boyer a cru toucher du doigt son rêve. Jean-Patrick Martini, chef du service des investigations élargies à la Direction nationale des enquêtes fiscales, lui aurait assuré au téléphone que ses comptes bancaires étaient authentifiés, s'appuyant sur des informations des autorités britanniques. Gibelin a enregistré l'appel, où il jubile : "J'en suis sans voix, c'est merveilleux !". Peu après, Martini se serait rendu à Ganges dans l'Hérault, privatisant les locaux du Trésor public pour récupérer des documents originaux, avec promesse de les rendre sous trois mois – promesse jamais tenue selon Gibelin.
Les promesses non tenues et les manœuvres suspectes
Jean-Patrick Martini, surnommé "L'apéritif" pour son efficacité contre la fraude fiscale et impliqué dans l'affaire des Swiss Leaks, aurait proposé à Gibelin la Légion d'honneur et une pension mensuelle de 3 000 euros en échange du contrôle des comptes. Gibelin a refusé par mail le 7 mai 2015, et depuis, plus aucune nouvelle de l'agent du fisc. La Direction générale des finances publiques, sollicitée par Midi Libre, a répondu par un "no comment", invoquant le secret fiscal.
Les origines troubles du trésor et les intermédiaires dangereux
L'histoire remonte à 1998, quand Gibelin est contacté par la femme et le fils d'un colonel philippin, Jose Bautista Cruz, qui aurait travaillé pour la CIA. Ce militaire aurait servi de prête-nom aux États-Unis pour dissimuler l'or de Yamashita, récupéré après-guerre. Gibelin signe un mandat avec l'épouse, qui meurt peu après dans des circonstances suspectes, puis un accord avec le fils en juin 2000 devant le tribunal de Manille. Le fils décède en 2001, percuté par une voiture dans ce que Gibelin qualifie de meurtre.
Les tentatives avortées et les risques encourus
Seul maître à bord, Gibelin est averti par un contact en Allemagne que le compte est "une bombe atomique". Il croise la route d'intermédiaires douteux, dont Daniel Fernandes Rojo Filho, lié au cartel de Sinaloa et spécialiste d'arnaques pyramidales. En 2014, ce dernier propose de racheter le compte pour 400 millions de dollars, mais l'accord échoue quand le compte est bloqué et Filho arrêté. Gibelin a versé environ 250 000 dollars au fils Cruz, arguant avoir aidé quelqu'un dans la misère.
Une quête de justice sans fin et des enjeux colossaux
Christian Gibelin-Boyer, qui se compare au "tigre de Malaisie" comme Yamashita, persévère depuis plus de 25 ans, envoyant des milliers de mails à des présidents et gouvernements. Les 130 milliards, s'ils existent, auraient pu fructifier avec la hausse du prix de l'or, valant peut-être dix ou cent fois plus aujourd'hui. Malgré les obstacles, l'octogénaire garde espoir de toucher cette fortune avant de "passer l'arme à gauche", dans une affaire mêlant trésor légendaire, espionnage et opacité fiscale.



