Les prévisions économiques du FMI dans la tourmente du conflit iranien
FMI : prévisions économiques assombries par la guerre en Iran

Les prévisions économiques à l'épreuve de la guerre

« La seule fonction de la prévision économique est de rendre l'astrologie respectable. » Cette citation moqueuse de l'économiste américain John Kenneth Galbraith prend une résonance particulière dans le contexte actuel du conflit au Moyen-Orient. Alors que les cours du pétrole fluctuent au rythme effréné des déclarations politiques et que les indices boursiers connaissent des variations erratiques, prédire l'évolution des prix à la consommation et du PIB relève désormais d'un périlleux exercice de haute voltige plutôt que d'une démarche scientifique rationnelle.

Le courageux travail des économistes du FMI

Il convient donc de saluer la belle conscience professionnelle des économistes du Fonds Monétaire International qui, malgré un brouillard de guerre particulièrement dense, ont courageusement maintenu leurs travaux de prévision. Ils ont révisé sans surprise à la baisse leurs projections de croissance de l'économie mondiale à 3,1 % pour cette année, contre 3,4 % initialement prévu. Parallèlement, ils anticipent une inflation atteignant 4,4 %, en nette hausse par rapport aux 3,7 % attendus avant le déclenchement du conflit en Iran.

Ces chiffres reposent cependant sur un scénario optimiste qui suppose un conflit de courte durée et un prix moyen du baril de pétrole à 82 dollars, alors qu'il atteignait 91 dollars au moment de la rédaction de ces prévisions. Les économistes du FMI ont également élaboré un scénario beaucoup plus sombre, qualifié par eux-mêmes de « très défavorable », dans lequel l'approvisionnement en hydrocarbures resterait fortement perturbé jusqu'à la fin de l'année.

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Le spectre d'une récession mondiale

Dans cette hypothèse pessimiste, l'économie mondiale pourrait connaître une récession, un phénomène qui ne s'est produit qu'à quatre reprises depuis 1980. L'inflation atteindrait alors 5,8 % cette année pour grimper à 6,1 % en 2027, le tout sur fond de flambée des taux d'intérêt et de tempête sur les marchés boursiers. Une véritable catastrophe économique se profile donc à l'horizon si la situation devait s'aggraver durablement.

Des conséquences économiques durables

Même si le pire n'est pas certain, le meilleur paraît en revanche exclu. Le FMI estime que « le mal est fait » et que les plaies du conflit seront longues à cicatriser. Il faudra des mois, voire des années, pour réparer les infrastructures pétrolières et gazières endommagées dans la région. La production et les exportations d'hydrocarbures des pays du Golfe, ainsi que leurs exportations d'engrais, mettront du temps à retrouver leur niveau d'avant-guerre.

Même avec la réouverture éventuelle du détroit d'Ormuz, les primes d'assurance maritime et les coûts de transport ne reviendront pas rapidement à leur montant antérieur. Concrètement, cela signifie que les produits transformés du pétrole vont rester durablement rares et chers, à commencer par le kérosène. Les prochains mois verront probablement les prix des billets d'avion s'envoler tandis que de nombreux appareils resteront cloués au sol.

Des impacts psychologiques et budgétaires

Les dégâts du conflit ne s'annoncent pas seulement matériels mais aussi psychologiques, avec une confiance des consommateurs durablement érodée dans un monde devenu hautement anxiogène. Sans oublier les conséquences budgétaires pour tous les pays, à travers les mesures de court terme d'aides aux automobilistes et celles de moyen terme destinées à augmenter les budgets militaires. Les guerres ne creusent pas seulement des tombes mais aussi les déficits publics.

La France particulièrement exposée

Dans ce contexte économique dégradé, la France se trouve particulièrement exposée aux conséquences de la guerre en Iran. Endettée jusqu'au cou, avec moins de touristes américains et chinois attendus cet été pour visiter le Louvre, et totalement démunie en raffineries de pétrole – seulement sept en activité aujourd'hui contre vingt-trois en 1978 –, l'Hexagone doit faire face à des défis économiques majeurs.

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C'est dans cette atmosphère tendue que Sébastien Lecornu a annoncé que les boulangeries artisanales et les fleuristes indépendants seront autorisés à faire travailler leurs salariés le 1er mai sans risquer d'amendes, mettant fin à un intense psychodrame politico-syndical aussi surréel qu'affligeant. C'est avec des brins de muguet et des pains au chocolat que l'économie française se prépare, symboliquement, à l'éventualité d'une récession mondiale.