L'Autorité de la concurrence sanctionne une entente sur les prix du bio
Entente sur les prix du bio : lourdes amendes pour les magasins spécialisés

Une stratégie d'entente pour maintenir des prix élevés dans le bio

L'Autorité de la concurrence a dévoilé une stratégie collective mise en place par des acteurs majeurs de la distribution bio en France. Cette pratique visait explicitement à empêcher la commercialisation des mêmes marques de produits biologiques à la fois dans les magasins spécialisés et dans les grandes surfaces généralistes. L'objectif avoué était d'éviter toute comparabilité des prix entre ces deux circuits de distribution, selon les termes mêmes de la décision rendue par l'autorité de régulation.

Un système organisé pour limiter la concurrence

La stratégie incriminée s'est développée dans un contexte particulier, marqué par le fort développement de l'offre de produits bio dans le circuit généraliste. Depuis 2016, les grandes surfaces sont devenues le premier circuit de distribution de ces produits en France. Face à cette évolution, les magasins spécialisés ont mis en place un système organisé pour protéger leurs marges.

Le Synadis Bio, qui représente des enseignes comme La Vie Claire, Biocoop, Naturalia (filiale de Casino) ou Accord Bio, a écopé de l'amende la plus lourde : 10 millions d'euros. Cette sanction concerne des pratiques mises en œuvre de mars 2017 à octobre 2024, d'abord lors de réunions du conseil d'administration, puis formalisées dans un règlement intérieur adopté en 2018.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Deux marques pour un même produit

Ce règlement imposait notamment aux adhérents du syndicat d'avoir un référencement d'au moins 95% de produits alimentaires biologiques emballés, exclusivement distribués dans des magasins spécialisés bio. Ainsi, les membres du Synadis Bio ont collectivement décidé de s'interdire de distribuer dans leurs points de vente des produits qui seraient commercialisés dans les enseignes généralistes.

Réciproquement, ils ont cherché à empêcher la commercialisation en circuit alimentaire généraliste des marques qu'ils distribuaient. Cette situation a conduit certains fournisseurs à créer deux marques différentes pour un même produit, comme l'a expliqué Thibaud Vergé, vice-président de l'Autorité de la concurrence, lors d'une conférence de presse.

Des conséquences directes pour les consommateurs

Cette stratégie a eu des effets concrets sur les prix payés par les consommateurs. Elle a permis un positionnement tarifaire plus élevé dans les enseignes spécialisées qu'en grande surface pour des produits identiques. Thibaud Vergé a évoqué des différences de prix pouvant atteindre 30% entre les deux circuits de distribution.

Le Synadis Bio, qui représente 2.000 magasins réalisant environ trois milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel, n'a pas répondu immédiatement aux sollicitations de l'AFP. Selon le syndicat, ces enseignes pèsent 40 à 50% de la distribution bio en France et emploient 15.000 personnes.

D'autres acteurs sanctionnés

D'autres sociétés ont également été sanctionnées pour leur participation, plus ponctuelle, à ces pratiques anticoncurrentielles. Greenweez, spécialiste de la vente en ligne de produits bio racheté par Carrefour en 2016, écope d'une amende de 1,85 million d'euros, solidairement avec sa société mère.

Le groupe Carrefour a indiqué qu'il allait contester la décision concernant Greenweez, affirmant que cette filiale n'avait participé qu'à une seule décision du syndicat sans jamais adhérer ou mettre en œuvre les pratiques dénoncées. Le groupe se félicite en revanche que Carrefour et sa filiale SoBio aient été mis hors de cause, alors qu'ils étaient initialement ciblés par l'enquête.

Des amendes pour plusieurs enseignes

ITM Entreprises, solidairement avec sa société mère Les Mousquetaires, reçoit une amende de 740.000 euros. Les comptoirs de la Bio, enseigne spécialisée bio du groupement Mousquetaires/Intermarché, est quant à elle sanctionnée à hauteur de 80.000 euros.

Le groupement Mousquetaires a déclaré à l'AFP qu'il analyserait cette décision en vue d'un éventuel recours, tout en se disant soucieux de proposer un accès à des produits bio et de qualité dans l'ensemble de son réseau de distribution.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Cette affaire met en lumière les tensions entre les différents circuits de distribution des produits biologiques en France, alors que la consommation de ces produits continue de se développer dans l'ensemble de la population française.