Un budget à 120 millions d’euros pour Vallauris, est-ce vraiment une bonne idée ? Le débat autour du vote du budget, vendredi 24 avril 2026, a certes été venimeux ; mais, sur le fond, l’opposition a-t-elle eu raison de s’alarmer de l’état des finances ? Décryptage d’un plan d’action sous tension.
Un budget de 120,5 millions d’euros
Pour 2026, la majorité a validé un budget global d’exactement 120.477.016,13 euros. Si le chiffre impressionne, il faut toutefois regarder ce qu’il cache derrière les billets. En réalité, cette somme n’est pas uniquement composée d’argent « neuf ». Elle intègre d’abord 21,68 millions d’euros mis de côté les années précédentes (l’excédent). À cela s’ajoute un jeu de vases communicants : la municipalité a transféré 24,15 millions d’euros de son budget de fonctionnement — celui qui finance le quotidien (salaires, entretien urbain, énergie, etc.) — vers son budget d’investissement, réservé aux grands projets.
Des critiques acerbes de l’opposition
Les nombreuses interrogations des élus d’opposition sur le budget sont finalement restées, pour la plupart, lettre morte. Vendredi dernier, après des échanges particulièrement musclés en conseil municipal, le maire de Vallauris, Kevin Luciano, a fini par couper court au débat : « Vous donnez des chiffres qui sont faux. Il y a lieu de passer au vote. » Cette fin de non-recevoir fait suite à des critiques qui ont manifestement piqué l’édile au vif. Émélie Leduc (Union pour Vallauris Golfe-Juan) a ainsi fustigé un gros manque de vision politique, déplorant une « course aux millions » et un simple « copier-coller » de l’année précédente. De son côté, Nicolas Cuzzupoli (Union des droites - Unir pour agir) a dressé un portrait plus sombre encore : celui d’une commune vivant au-dessus de ses moyens réels, masquant ses difficultés en piochant massivement dans ses réserves financières.
« Rationaliser sans rationner »
Pour Kevin Luciano, ces finances sont bien tenues. Il explique : « J’ai l’habitude de dire : “rationaliser sans rationner”. Nous avons cette volonté de réduire les dépenses de fonctionnement pour permettre des investissements élevés. On travaille pour aujourd’hui, pour demain et pour les décennies à venir. » Cerise sur le gâteau budgétaire, aucun emprunt n’a été contracté.
Des investissements annoncés mais « sans cesse reportés »
Ces millions d’euros ne proviendraient-ils pas, en partie, d’un « excédent “record” issu d’investissements annoncés, mais sans cesse reportés » ? C’est, en tout cas, le principal reproche formulé par l’opposition, qui dénonce une « stagnation » délétère. Mais, là encore, le premier édile balaie la critique d’une petite leçon de gestion : « Il n’y a aucune collectivité en France où l’ensemble des investissements a été réalisé. Pourquoi ? Parce que c’est tout simplement matériellement impossible. » En cause, le plus souvent : les lourdeurs administratives, les aléas climatiques ou encore les délais d’approvisionnement qui ralentissent les chantiers. Des explications qui ne convainquent pas Nicolas Cuzzupoli : « Il y a un décalage total entre les effets d’annonce de la majorité et la réalité sur le terrain. »
Épargne et dette : des chiffres contestés
Quant à l’idée que les économies de la ville seraient « siphonnées », le groupe Union des droites - Unir pour agir affirmait que l’épargne de la commune s’effondre, « passant de 23 % à moins de 10 % du budget ». L’exécutif, lui, conteste cette lecture. Pour prouver la bonne santé des finances, la mairie met en avant sa solide capacité d’autofinancement et, surtout, une baisse historique de la dette. Elle revendique ainsi avoir réduit l’endettement de la ville de plus de 17 millions d’euros depuis le début du mandat. Une trajectoire confortée par le fait que la commune n’a plus recours à de nouveaux emprunts depuis cinq ans.
Où va l’argent ?
Sur un budget de 75 millions d’euros pour le fonctionnement et 45,4 millions pour l’investissement, les priorités s’affichent clairement. La majeure partie sert à faire tourner la ville : 26,58 millions pour le personnel et 10,48 millions pour l’entretien et l’énergie, impactés par l’inflation. S’ajoutent 5,4 millions pour les services publics et associations (subventions, CCAS, tourisme, pompiers). Enfin, la commune doit s’acquitter d’une amende de 2,1 millions d’euros (loi SRU) pour son retard en matière de logements sociaux.
Investissements : voirie, écoles, culture et écologie
Côté investissements, la voirie et l’éclairage pèsent lourd avec plus de 5 millions d’euros, incluant la rénovation de la rue Subreville et le passage aux ampoules LED. Les écoles ne sont pas en reste : 1,8 million d’euros servira à transformer le groupe scolaire Langevin en bâtiment écoresponsable. Le sport, la culture et la sécurité se partagent également des enveloppes conséquentes, allant de l’extension de l’espace Francis-Huger (près d’un million) à la modernisation de la vidéoprotection (622.000 euros), en passant par la réhabilitation du château-musée. Enfin, la commune verdit son budget avec 800.000 euros dédiés à la végétalisation et au quartier Nabonnand, tout en gardant une réserve stratégique de 6,45 millions d’euros pour « couvrir la poursuite des opérations ayant débuté » cette année.
Les dépenses de fonctionnement, en euros constants, ont diminué de 4 % depuis le précédent mandat, en 2020.



