Bilan économique de Macron : une déception à la hauteur des promesses ambitieuses
Bilan économique Macron : promesses non tenues et dette explosive

Bilan économique de Macron : une déception à la hauteur des promesses ambitieuses

La déception est proportionnelle à l'attente immense. En 2017, Emmanuel Macron accédait au pouvoir porté par une promesse prométhéenne : transformer profondément le fonctionnement économique de la France, réconcilier efficacité et justice, et sortir le pays de ses blocages structurels. Soutenu par une large partie du monde économique, revendiquant une stratégie de politique de l'offre, il ambitionnait de libérer la croissance, restaurer la compétitivité, briser les rentes et remettre la France sur une trajectoire de plein-emploi. « Aussi devons-nous passer d'une économie de rattrapage à une économie de l'innovation », écrivait-il dans son ouvrage programmatique Révolution (XO Éditions) en 2016. Une promesse séduisante qui a nourri de grands espoirs.

À un an de la fin de l'ère Macron, le bilan de ses deux quinquennats laisse un goût amer. De nombreuses réformes (fiscalité du capital, travail, retraites, loi Pacte, etc.) ont certes été mises en œuvre, surtout au début. Il faut sans doute faire remonter son héritage aux dernières années du mandat de François Hollande, Emmanuel Macron ayant été l'un des grands artisans du tournant de l'offre. Les résultats sont contrastés. L'horizon du plein-emploi a émergé pendant un temps, et l'attractivité du pays s'est notablement redressée. Mais ces succès apparents masquent des fragilités profondes… et se sont faits au détriment d'une explosion de la dette publique.

Finances publiques : la bérézina

« Depuis des décennies, la classe politique n'a rien su inventer d'autre, pour répondre aux blocages, aux inégalités, aux injustices, qu'un surcroît de dépense publique. Depuis plus de trente ans, droite et gauche ont remplacé la croissance défaillante par de la dette publique. Ils ont octroyé des aides sans les financer et en les gageant sur les générations à venir sans rien régler des déséquilibres profonds […] De cette lâcheté nous sommes tous coupables. Un pays ne peut vivre durablement dans l'inertie et le mensonge. » Ces mots datent de 2016. Ils ont été écrits par Emmanuel Macron dans son ouvrage Révolution. Quelle ironie !

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Celui qui promettait de ramener le déficit sous la barre des 3 % pour enfin respecter les règles européennes a été l'artisan d'une dérive de nos finances publiques. Le trou dans la caisse dépasse aujourd'hui 5 % et la dette publique s'est envolée à plus de 115 % (plus de 3 400 milliards d'euros). Selon les calculs de l'Institut Molinari pour Le Point, les deux quinquennats d'Emmanuel Macron ont provoqué une hausse de la dette de 1 179,2 milliards d'euros. Un chiffre qui pourrait atteindre entre 1 378 et 1 407 milliards d'ici au printemps 2027.

« Emmanuel Macron n'est pas entièrement responsable de cette hausse, mais il n'a pas agi sur des déterminants structurels (retraites et santé) qui expliquent depuis de longues années la hausse de nos dépenses publiques », souligne Nicolas Marques, directeur général du think tank. Toujours sans trajectoire claire et crédible de retour à l'équilibre à court terme, la France, qui était déjà le mauvais élève, fait désormais figure d'indécrottable cancre de la zone euro, alors même que l'exécutif n'a cessé de revendiquer son sérieux budgétaire…

Emploi : une embellie fragile mais coûteuse

C'est sans doute sur le front de l'emploi que le macronisme peut faire valoir ses résultats les plus tangibles. Entre son élection et début 2023, le taux de chômage est ainsi descendu de 9,5 à 7,1 %, au plus bas depuis quinze ans, nourrissant un temps l'espoir d'un retour au plein-emploi… Portées par les réformes du marché du travail, de l'assurance-chômage, les baisses de charges et surtout l'essor spectaculaire de l'apprentissage, les créations d'emplois ont été dynamiques (+ 2,6 millions au total, dont 1,6 million de salariés) depuis 2017. Elles se sont surtout maintenues pendant les années les plus difficiles du quinquennat.

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Malheureusement, l'histoire ne s'est pas arrêtée là : la courbe du chômage est repartie depuis à la hausse, et devrait s'établir à 8 % d'ici au mois de juin selon l'Insee, effaçant ainsi une bonne part des progrès obtenus… « Mais le taux d'emploi a quant à lui augmenté, surtout pour les jeunes et les seniors, ce qui est une excellente nouvelle, même si l'effort doit être poursuivi », nuance l'économiste Gilbert Cette, proche d'Emmanuel Macron. Celui-ci dépasse aujourd'hui 69 % (+ 4,5 points). Mieux qu'avant, mais toujours moins bien que nos voisins allemands ou néerlandais, dont le taux d'emploi avoisine 80 %.

Logement : trop peu, trop cher

En 2017, Emmanuel Macron promettait un « choc de l'offre » pour construire massivement et faire enfin baisser les prix de l'immobilier. Mais le président a mené des politiques qui ont eu des effets contraires à cet objectif : des économies budgétaires (baisse des APL de 5 euros), une hausse de la fiscalité sur le logement social et le renforcement des contraintes écologiques, comme le diagnostic de performance énergétique (DPE). La loi climat et résilience a en effet organisé l'interdiction progressive de louer les « passoires thermiques ».

En 2025, tous les indicateurs sont dans le rouge ! Le choc de l'offre a échoué : la production globale s'est effondrée avec 261 000 logements construits en 2024, et « à peine 82 000 logements sociaux financés, le pire résultat depuis vingt ans », selon la Fondation pour le logement des défavorisés. Bien sûr, Macron n'a pas été aidé par la conjoncture : la hausse brutale des taux d'intérêt par la BCE et l'explosion des coûts de construction (+ 20 % depuis 2022), dus au Covid, ont rendu les projets très coûteux.

Compétitivité : le redressement inachevé

Une décennie de réformes plus tard, la France reste le malade de l'Europe. La restauration de la compétitivité avait pourtant été érigée en priorité absolue. Celle-ci se mesure avant tout par les parts de marché à l'exportation, qui reflètent le choix des acheteurs internationaux de privilégier le « made in France ». Or, pendant vingt ans, ce choix s'est progressivement détourné de la France : ses produits, trop chers ou moins bien positionnés que ceux de ses concurrents européens, perdaient chaque année du terrain. Cette hémorragie a été stoppée.

Selon l'étude sur « La compétitivité française en 2025 », publiée par l'institut Rexecode en janvier 2026, la part de la France s'est stabilisée à environ 11 % des exportations de biens de la zone euro, et à 12,9 % en incluant les services. Cela tient à une amélioration de la compétitivité coût, ce que l'entreprise paie pour produire, notamment face à l'Allemagne : une inflation plus faible (grâce surtout au bouclier tarifaire) a modéré la hausse des salaires et donc le coût du travail, redonnant aux entreprises françaises un avantage sur leurs prix de vente à l'export.

Énergie : un virage tardif

En 2017, Emmanuel Macron promettait de tordre le cou au nucléaire, en réduisant sa part dans le mix énergétique de 75 à 50 % d'ici à 2025 par la fermeture de quatorze réacteurs. Il n'en fera rien. Comme s'il était parvenu à évacuer l'influence des antinucléaires de son entourage, Macron change de pied. Les experts qui regardent les vœux télévisés de 2022 notent avec surprise une allusion à la relance de l'atome. Elle se confirme lors du discours de Belfort, le 10 février suivant. Macron sort les trompettes. Il faut « reprendre le fil de la grande aventure du nucléaire civil en France ». Six EPR 2 sont annoncés, avec la perspective de huit autres.

Les engagements de Belfort sont mis en musique quatre ans après. Trop tard, râlent les experts. La guerre en Ukraine, qui souligne la dépendance au gaz russe, oblige le gouvernement à remettre l'énergie au cœur des préoccupations. En février 2026, la Programmation pluriannuelle de l'énergie 3 (PPE), feuille de route pour les dix ans à venir, accélère l'électrification des usages. Elle entérine la construction des EPR tout en maintenant l'effort sur les renouvelables.

France 2030 : le bon cap mais pas la bonne vitesse

Avec une enveloppe historique de 54 milliards d'euros sur cinq ans (2022-2027), le plan France 2030, grand plan d'investissement d'avenir lancé en grande pompe à l'Élysée en présence de 200 chefs d'entreprise et étudiants, le 12 octobre 2021, marque une rupture avec les politiques de saupoudrage du passé. Le récent rapport du comité de surveillance des investissements d'avenir (CSIA) a livré son verdict : le cap est bon, mais des freins structurels persistent.

Concevoir le premier avion bas carbone, faire émerger des petits réacteurs nucléaires SMR, produire 20 biomédicaments, construire des gigafactories de batteries, etc. Près de 10 milliards d'euros sont engagés chaque année, un rythme quatre fois plus rapide que les plans précédents. Le plan France 2030 l'a démontré, c'est un excellent levier d'investissement qui a réveillé l'écosystème, mais il faut accélérer pour combler le retard avec les rivaux américains et chinois.

Choose France : un VRP de la France talentueux

Chaque printemps, le château de Versailles devient, le temps d'une journée, la capitale économique du monde. Et c'est bien grâce à Emmanuel Macron. Le 19 mai dernier, plus de 400 dirigeants venus de 46 pays ont franchi les grilles dorées du palais de Louis XIV pour répondre à son invitation. Pas pour un bal costumé mais pour signer des chèques, de très gros chèques. Le dernier sommet Choose France a pulvérisé les records : 53 projets d'investissements annoncés sur notre territoire, 40,8 milliards d'euros d'investissements engagés, 13 000 nouveaux emplois.

C'était alors la 8e édition de Choose France, ce rendez-vous économique annuel inventé de toutes pièces par le jeune président en janvier 2018 pour redorer le blason d'un pays longtemps perçu comme hostile au business. Depuis 2017, Emmanuel Macron le répète sur tous les tons, et souvent en anglais : la France a changé. En infatigable VRP de sa politique, il met en avant la baisse de l'impôt sur les sociétés, la simplification administrative, la modernisation de son modèle social.

Pouvoir d'achat : tout ça pour rien ?

Baisses d'impôts (ISF, taxe d'habitation), prime Macron… L'exécutif n'a pas lésiné sur les mesures pour le pouvoir d'achat des ménages. Il faut d'ailleurs ajouter à cette liste celles destinées à protéger le revenu des Français pendant le Covid, et celles visant à éteindre l'incendie inflationniste (bouclier tarifaire, remise à la pompe, chèque énergie, etc.). Selon les calculs de l'OFCE, ces dernières mesures ont permis d'éviter une chute violente de pouvoir d'achat entre fin 2021 et fin 2023 qui aurait pu atteindre près de 5 % dans le scénario le moins favorable !

Au total, « on a distribué plus de pouvoir d'achat dans l'ensemble de l'économie que le PIB n'a progressé depuis 2019 », souligne Anthony Morlet-Lavidalie. Le pouvoir d'achat par unité de consommation a ainsi augmenté de près de 1 % par an, en moyenne, pendant les deux quinquennats. C'est plus que sous Hollande, ou Sarkozy, mais équivalent à la moyenne des trente dernières années.

Réindustrialisation : une dynamique brisée

L'ambition était historique. En 2017, Emmanuel Macron fixait un cap : porter la part de l'industrie à 15 % du PIB d'ici à 2035. Huit ans plus tard, l'indice stagne à 9,4 %, selon Rexecode. L'Allemagne, quant à elle, est proche de 20 %. Le fossé ne s'est pas comblé… Pour enrayer la désindustrialisation, le président avait mis en place des allégements fiscaux, des milliards de subventions via le plan France 2030, des opérations séduction à l'international.

Les effets de cette politique n'ont pas été négligeables. Entre 2017 et 2022, 140 000 emplois industriels nets ont été créés, une première depuis des décennies. Les ouvertures d'usines, portées par l'euphorie post-Covid et les relocalisations, ont atteint un pic historique en 2021-2022. Mais la dynamique s'est grippée. Le solde net des créations et extensions de sites industriels est passé de + 189 en 2023 à + 89 en 2024. En 2025, selon le cabinet spécialisé Trendeo, il plonge en négatif avec 63 usines en moins.

« Les premières années ont été très positives, mais ensuite des erreurs ont été commises : la suppression de la taxe d'habitation ou l'absence d'écoute au moment de la réforme des retraites », nous confie Philippe Aghion, Prix Nobel d'économie, et l'un des inspirateurs du programme d'Emmanuel Macron. Les crises (Gilets jaunes, pandémie, choc inflationniste) lui ont mis des bâtons dans les roues. Mais cet argument conjoncturel ne suffit pas à dissiper le sentiment d'un rendez-vous partiellement manqué, et de nourrir l'impression des Français d'un déclassement.

« Avec l'alourdissement du stock de dette consécutif à la pandémie de Covid-19 et à la guerre en Ukraine, ainsi que le risque de l'arrivée au pouvoir d'un gouvernement populiste, les gains récents – notamment en matière d'emploi – risquent d'être balayés », ajoute Emmanuelle Auriol, professeure à la Toulouse School of Economics et signataire d'une tribune de soutien au candidat Macron en 2017. « Les évolutions négatives du pays sur un ensemble de domaines existaient avant lui. Mais, au total, la capacité de réformer s'est arrêtée très vite », analyse l'économiste Olivier Klein, auteur de Dette, réformes et démocratie (Décryptages éditions, à paraître le 7 mai prochain).

Anatomie d'un bilan présidentiel décevant et inabouti, où les promesses ambitieuses se heurtent à la réalité des chiffres et au sentiment persistant d'un rendez-vous manqué avec les Français.