Dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes, l'euro numérique est présenté comme un outil clé pour soustraire l'Europe à l'influence des systèmes de paiement dominés par les États-Unis. L'eurodéputée socialiste française Aurore Lalucq porte cette initiative au Parlement européen, insistant sur la nécessité d'une monnaie numérique publique pour garantir la souveraineté économique de l'Union.
Une réponse à la domination américaine
Selon Aurore Lalucq, « l'euro numérique est une question de souveraineté. Aujourd'hui, les transactions en euros transitent souvent par des infrastructures américaines, ce qui expose l'Europe à des risques de sanctions ou de pressions extérieures. » Elle rappelle que les cartes Visa et Mastercard, ainsi que les systèmes de paiement comme PayPal, sont majoritairement contrôlés par des entreprises américaines, rendant l'Europe dépendante.
L'eurodéputée souligne que la guerre en Ukraine a accéléré la prise de conscience : les sanctions financières contre la Russie ont montré comment les États-Unis peuvent utiliser leur contrôle sur le système SWIFT et les paiements internationaux. Une monnaie numérique européenne permettrait de contourner ces canaux et de renforcer l'autonomie stratégique de l'UE.
Un projet en phase de conception
La Banque centrale européenne (BCE) travaille depuis 2021 sur un projet d'euro numérique. Selon les dernières estimations, une version expérimentale pourrait être lancée d'ici 2026, avec un déploiement plus large à l'horizon 2028. Aurore Lalucq insiste sur la nécessité d'un cadre législatif robuste pour protéger la vie privée des utilisateurs et éviter une surveillance étatique excessive.
« Il faut que l'euro numérique soit conçu comme un bien public, pas comme un outil de contrôle. Nous devons garantir l'anonymat des petites transactions et limiter les risques de piratage », précise-t-elle. La BCE prévoit que l'euro numérique coexisterait avec les espèces et les dépôts bancaires, offrant une alternative sécurisée et accessible à tous.
Un enjeu de compétitivité
Au-delà de la souveraineté, l'euro numérique est aussi un enjeu économique. Les géants de la tech comme Meta (avec Diem, anciennement Libra) ou la Chine (avec le yuan numérique) développent leurs propres monnaies numériques. Si l'Europe ne réagit pas, elle risque de voir son espace financier colonisé par des acteurs privés ou étrangers.
Selon une étude de la BCE, l'euro numérique pourrait réduire les coûts de transaction de 30 à 40 % pour les consommateurs et les entreprises. Il faciliterait également les paiements transfrontaliers au sein de l'UE, qui restent encore coûteux et lents.
Des défis techniques et politiques
Le projet fait face à des obstacles : certaines banques commerciales craignent une désintermédiation, les citoyens s'inquiètent pour leur vie privée, et les États membres ont des visions divergentes sur le degré de centralisation. Aurore Lalucq appelle à un débat démocratique large : « Il ne faut pas laisser ce sujet aux seuls techniciens. Les citoyens doivent comprendre les enjeux et participer aux choix. »
Le Parlement européen doit se prononcer sur le cadre législatif en 2024. Si l'euro numérique voit le jour, il pourrait devenir un pilier de l'autonomie européenne face à Washington et Pékin.



