Accord UE-Australie : Les agriculteurs européens en colère malgré les avantages commerciaux
Accord UE-Australie : Colère des agriculteurs européens

Un accord commercial historique entre l'Union européenne et l'Australie

Le monde agricole européen se prépare-t-il à une nouvelle période de tensions ? Mardi, l'Australie et l'Union européenne ont officiellement signé un vaste accord commercial destiné à dynamiser leurs échanges économiques, après huit longues années de négociations complexes. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a vivement défendu cet accord en le qualifiant de « gagnant-gagnant » avec des « avantages immédiats » pour les entreprises européennes. Selon elle, ces dernières « économiseront un milliard d'euros de droits de douane » grâce à cette nouvelle entente.

La colère montante des syndicats agricoles

Pourtant, malgré ces promesses économiques, les principaux syndicats agricoles d'Europe expriment une profonde colère. Ils dénoncent avec véhémence ce qu'ils considèrent comme des « concessions inacceptables » faites à l'Australie dans des filières particulièrement sensibles comme le bœuf, la viande ovine, le sucre et le riz. Même avec des quotas détaxés limités, les représentants agricoles soulignent avec inquiétude « l'effet cumulatif » des accords commerciaux successifs, d'abord avec le Mercosur et maintenant avec l'Australie. « La série noire se poursuit pour l'agriculture européenne », a déploré le Copa-Cogeca, le puissant lobby agricole européen, dans un communiqué particulièrement critique.

Les points sensibles de l'accord

Les principaux points de discorde, qui concernaient notamment l'utilisation par l'Australie d'appellations géographiques européennes et l'accès du bœuf australien au marché européen, ont finalement été surmontés dans la version définitive du texte. Ce compromis complexe permettra aux viticulteurs australiens d'utiliser le terme « prosecco » sur leur marché intérieur, mais ils devront cesser de l'utiliser pour leurs exportations après une période de transition de dix ans. L'Australie pourra également continuer d'utiliser certaines appellations géographiques emblématiques, comme « feta » et « gruyère », à condition que les producteurs concernés utilisent ces noms depuis au moins cinq années.

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Quant aux quotas de bœuf australien autorisé à entrer dans l'Union européenne, ils seront multipliés par plus de dix au cours de la prochaine décennie. Le nouveau quota, fixé à 30 600 tonnes de bœuf australien, comprendra 55 % de viande totalement détaxée et 45 % bénéficiant de droits de douane réduits à seulement 7,5 %, avec une entrée en vigueur progressive. L'Union européenne autorisera également l'entrée de 25 000 tonnes de viande ovine et caprine australienne issue d'animaux nourris exclusivement à l'herbe, avec une mise en place progressive étalée sur sept années complètes.

Des perspectives économiques prometteuses

L'Australie et l'Union européenne se sont également engagées à renforcer significativement leur coopération dans le domaine de la défense et à améliorer l'accès européen aux minéraux critiques australiens, comme le lithium, essentiel pour la fabrication des batteries de véhicules électriques. Les constructeurs automobiles européens bénéficieront d'un accès considérablement élargi au marché australien. L'Australie s'est en effet engagée à relever substantiellement le seuil de déclenchement d'une taxe actuelle sur les véhicules de luxe : environ 75 % des véhicules électriques européens en seront ainsi exemptés. Cela ouvre « des perspectives considérables » au secteur automobile, s'est réjouie la VDA, principale fédération de l'industrie automobile allemande. Notons que l'acier, sujet particulièrement sensible, a été soigneusement exclu de cet accord de libre-échange, alors que la sidérurgie européenne traverse actuellement de grandes difficultés structurelles.

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Une augmentation significative des exportations attendue

« C'est un moment véritablement important pour notre nation », a souligné avec enthousiasme le Premier ministre australien Anthony Albanese. L'Union européenne est aujourd'hui le troisième partenaire commercial bilatéral de l'Australie et sa deuxième source d'investissements étrangers directs. Les entreprises européennes ont exporté 37 milliards d'euros de marchandises vers l'Australie l'année dernière, et 31 milliards d'euros de services en 2024. Avec cet accord historique, l'Union européenne s'attend ainsi à augmenter ses exportations vers l'Australie d'un tiers impressionnant au cours de la prochaine décennie, avec une hausse particulièrement marquée de 50 % dans les secteurs stratégiques des produits laitiers et de l'automobile.

La « trilogie commerciale » de l'Union européenne

L'accord doit encore être soumis à l'approbation des États membres et du Parlement européen. L'Union européenne espère vivement éviter une nouvelle levée de boucliers des agriculteurs, alors que le traité avec le Mercosur avait suscité une série de mobilisations importantes, dont une manifestation massive à Bruxelles en décembre dernier. Bousculée par la concurrence agressive de la Chine et les taxes douanières imposées par les États-Unis, l'Union européenne mène actuellement une politique de diversification commerciale tous azimuts. Depuis le début du mois de janvier, Ursula von der Leyen a scellé trois accords commerciaux successifs avec les pays latino-américains du Mercosur, l'Inde et maintenant l'Australie, formant ce qu'elle appelle avec fierté « une véritable trilogie commerciale » pour l'Europe.