Dix ans après les attentats de Bruxelles, la Belgique se souvient dans l'émotion
Les cœurs étaient lourds ce dimanche en Belgique, où le pays a commémoré avec une profonde émotion les dix ans des attentats djihadistes de mars 2016 à Bruxelles. Ce traumatisme national reste encore très palpable dans la mémoire collective, même si les autorités assurent avoir tiré les enseignements de ces événements tragiques en renforçant considérablement les services de renseignement et la lutte antiterroriste.
Un hommage national poignant aux victimes
« Notre pays n'oubliera jamais », a déclaré solennellement le roi Philippe devant des centaines de personnes rassemblées autour du monument dédié aux victimes, dans le quartier européen de la capitale belge. Cet hommage national a débuté dès le matin par des témoignages bouleversants à l'aéroport de Bruxelles-Zaventem, puis dans la station de métro Maelbeek, les deux cibles de ces attentats suicides qui ont marqué à jamais l'histoire du pays.
« Tous les jours, je me réveille avec les souvenirs de cette horreur. Je regarde mon corps. Mon corps qui a été brûlé, meurtri et déchiré », a raconté avec une émotion palpable Béatrice de Lavalette, qui a perdu ses deux jambes dans l'attaque de l'aéroport. Mais avec une force remarquable, elle a ajouté : « j'ai choisi de vivre, de me battre », témoignant du parcours extraordinaire de cette femme devenue athlète paralympique d'équitation.
Les commémorations aux heures exactes des attaques
Les cérémonies de ce dimanche ont précisément débuté aux heures où les trois assaillants avaient déclenché leurs explosifs : deux dans un hall de l'aéroport et un autre dans un métro bondé de voyageurs. « Face à la terreur » de ces attentats, les plus meurtriers de l'histoire de la Belgique, « nous n'avons pas cédé à la peur. Nous n'avons pas cédé à la division », a mis en avant avec conviction le roi des Belges lors de son discours officiel.
Revendiqués par l'organisation Etat islamique (EI), ces attentats avaient fait 32 morts et plus de 300 blessés le 22 mars 2016, seulement quatre jours après l'arrestation de Salah Abdeslam dans la capitale belge. Il est important de rappeler que la même cellule djihadiste, sous l'autorité de cadres de l'EI, avait déjà attaqué Paris et sa proche banlieue le 13 novembre 2015, faisant 130 morts. L'interpellation d'Abdeslam avait précipité les projets de nouvelles attaques sur le sol belge.
Une menace terroriste toujours présente
Cet hommage solennel s'est tenu sur fond de guerre au Moyen-Orient, un contexte géopolitique qui fait craindre aux autorités belges de nouvelles attaques terroristes sur leur territoire. Une explosion criminelle a d'ailleurs endommagé le 9 mars la synagogue de Liège, dans l'est du pays, sans faire aucun blessé, avant deux faits similaires aux Pays-Bas les 13 et 14 mars ciblant spécifiquement la communauté juive.
En Belgique, la menace terroriste est maintenue au niveau 3 sur 4, jugée « grave » par les experts, depuis un attentat perpétré en octobre 2023 à Bruxelles. Un Tunisien radicalisé avait alors tué deux supporters de football suédois, avant d'être abattu le lendemain par les forces de police.
Les défaillances sécuritaires et les victimes indirectes
Gert Vercauteren, le directeur de l'Ocam, l'instance chargée d'analyser cette menace terroriste, a encore en mémoire les défaillances sécuritaires reprochées à la Belgique après la vague d'attentats de 2015-2016. « C'est un sentiment d'échec qui nous a tous frappés évidemment », admet-il avec franchise dans un entretien avec l'AFP, reconnaissant les faiblesses du système de sécurité de l'époque.
Outre les 32 morts directes des attentats de 2016, quatre autres personnes sont décédées depuis ces attaques, profondément traumatisées par les événements. Katarina Viktorsson, dont la mère avait été tuée à l'aéroport, s'est suicidée il y a quelques semaines et a été officiellement reconnue ce dimanche comme la 36e victime de ces attentats de 2016, rappelant que les conséquences de tels actes terroristes s'étendent bien au-delà du jour même des attaques.



