La Grande-Bretagne a annoncé ce mercredi 29 avril la création d'une nouvelle force navale multinationale en partenariat avec neuf autres pays européens, afin de renforcer la défense des eaux du nord de l'Europe face à la Russie. Ce projet, porté par Londres, vise à structurer une coopération militaire maritime capable d'agir en complément de l'Otan et de répondre plus rapidement aux crises maritimes.
Une coalition élargie pour une réponse rapide
Selon le journal britannique The Guardian, les dix membres qui composent actuellement la Force expéditionnaire conjointe (JEF) ont déjà signé une déclaration d'intention pour mettre en place cette "force maritime multinationale". Cette coalition regroupe notamment les pays nordiques, les États baltes et les Pays-Bas autour du Royaume-Uni, principal contributeur militaire. D'après la chaîne de télévision britannique Sky News, une nouvelle étape doit être franchie d'ici la fin de l'année avec la signature d'un accord formel définissant précisément les modalités opérationnelles du nouveau partenariat.
Une vision stratégique inédite
Le projet a été détaillé par le chef de la Royal Navy, le général Sir Gwyn Jenkins, lors d'une intervention au Royal United Services Institute. Le "First Sea Lord" y a décrit la vision d'une "famille de flottes alliées", une structure inédite depuis des décennies. "Une force conçue pour combattre immédiatement si nécessaire, avec de véritables capacités, de véritables plans de guerre et une véritable intégration", a-t-il précisé.
La menace russe de plus en plus présente
La montée des tensions avec la Russie constitue le principal moteur de cette réorganisation. Moscou reste "la menace la plus grave pour notre sécurité", malgré la crise au Moyen-Orient, a ainsi estimé Sir Gwyn Jenkins le 29 avril. Le chef de la Royal Navy a également souligné que les incursions russes dans les eaux britanniques avaient augmenté d'environ un tiers au cours des deux dernières années (2024-2026). "C'est pourquoi la Royal Navy doit être prête chaque jour, chaque mois, chaque année", a-t-il pointé.
Cette pression militaire s'est illustrée par plusieurs incidents récents. D'après le quotidien anglais The Telegraph, début avril 2026, la Royal Navy a été mobilisée pour suivre un sous-marin nucléaire russe de classe Akula ainsi que deux autres submersibles liés aux services russes, soupçonnés d'activités d'espionnage sur les câbles sous-marins. Par ailleurs, la Russie a continué d'escorter des navires sous sanctions à travers le détroit de Douvres, défiant un avertissement public du Premier ministre Keir Starmer formulé le 25 mars dernier.
Montée en puissance des moyens militaires européens
Face à cette situation, Londres veut disposer d'un outil militaire plus agile. L'objectif est notamment de renforcer l'inter-opérabilité, en permettant l'échange de personnels, de munitions et d'équipements entre marines alliées. Cette initiative sera permise par la montée en puissance actuelle des moyens militaires au sein de l'Union européenne, en réaction à cette menace russe de plus en plus concrète. La coopération pourrait s'appuyer sur des équipements communs, notamment les frégates de type 26, rapporte aussi The Telegraph. La Norvège a déjà confirmé l'achat d'au moins cinq de ces navires, tandis que la Royal Navy prévoit d'en exploiter huit supplémentaires au cours de la prochaine décennie, ouvrant la voie à une flotte conjointe d'au moins 13 navires spécialisés dans la lutte anti-sous-marins.
Une marine hybride pour l'avenir
Cette initiative s'inscrit aussi dans une transformation plus large de la Royal Navy, sur le même modèle d'autres branches des armées européennes comme celle de l'Allemagne. Depuis le Royal Institute, Sir Gwyn Jenkins a défendu le développement d'une "marine hybride", combinant navires traditionnels et systèmes sans équipage. Une évolution jugée essentielle pour faire face, dans les années à venir, à une Russie dont les capacités et les activités navales semblent être sur la pente ascendante.



