L'ONU auditionne quatre candidats pour succéder à Antonio Guterres en pleine crise
Quatre candidats auditionnés pour diriger l'ONU en pleine tempête

L'ONU organise des auditions publiques pour choisir son prochain secrétaire général

Cette semaine marque une étape décisive dans le processus de succession à la tête des Nations Unies. Quatre candidats officiellement déclarés pour remplacer le secrétaire général Antonio Guterres vont être auditionnés publiquement devant les 193 États membres et des représentants de la société civile. Ces auditions, qui dureront trois heures par candidat mardi et mercredi, constituent une phase préliminaire essentielle avant la désignation finale de celui ou celle qui devra piloter une organisation internationale en pleine tourmente.

Un processus de transparence encore récent

Il s'agit seulement de la deuxième fois que l'ONU organise ce « grand oral », une procédure instaurée en 2016 pour apporter davantage de transparence dans la sélection du plus haut fonctionnaire de l'organisation. Cette innovation démocratique contraste avec les pratiques historiques souvent opaques qui ont présidé aux nominations précédentes.

Le contexte est particulièrement tendu pour l'institution onusienne, qui navigue actuellement entre crises géopolitiques multiples, défis financiers structurels et remise en question de son autorité morale. Le prochain secrétaire général devra donc posséder une combinaison rare de compétences diplomatiques, de leadership visionnaire et de résilience politique.

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Les quatre prétendants au fauteuil suprême

Michelle Bachelet, la Chilienne de 74 ans, représente une figure politique internationale de premier plan. Ancienne présidente du Chili à deux reprises et ex-cheffe du Haut commissariat aux droits de l'Homme, elle met en avant son expérience unique pour « affronter des défis d'une ampleur, d'une urgence et d'une complexité sans précédent ». Sa candidature est soutenue par le Mexique et le Brésil, bien que son propre pays, le Chili, lui ait retiré son appui après l'élection du président d'extrême droite José Antonio Kast.

Rafael Grossi, l'Argentin de 65 ans, a gagné en visibilité internationale en dirigeant l'Agence internationale pour l'énergie atomique depuis 2019. Ce diplomate de carrière a dû gérer des dossiers explosifs comme le programme nucléaire iranien et les risques autour de la centrale ukrainienne de Zaporijia. Dans sa lettre de candidature, il plaide pour un « retour de l'ONU à ses bases fondatrices », un discours qui trouve écho dans certaines capitales occidentales.

Rebeca Grynspan, ancienne vice-présidente du Costa Rica, dirige actuellement la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement. Peu connue du grand public, elle a pourtant joué un rôle crucial dans la négociation de l'Initiative de la mer Noire en 2022, facilitant les exportations de céréales ukrainiennes après l'invasion russe. Son histoire personnelle - ses parents juifs ayant survécu à l'Holocauste - nourrit son attachement viscéral aux principes fondateurs de la Charte de l'ONU.

Macky Sall, l'ancien président sénégalais de 64 ans, est le seul candidat ne provenant pas d'Amérique latine. Il insiste particulièrement sur le lien indissociable entre paix et développement durable, arguant que la première ne peut être pérenne quand le second est miné par « la pauvreté, les inégalités, l'exclusion et la vulnérabilité climatique ». Sa candidature, portée par le Burundi, fait cependant face à des oppositions régionales et nationales significatives.

Les enjeux géopolitiques de la succession

Plusieurs dynamiques complexes se superposent dans cette course à la succession. De nombreux États membres plaident ardemment pour qu'une femme accède pour la première fois à la tête de l'organisation, brisant ainsi un plafond de verre historique. Parallèlement, l'Amérique latine revendique légitimement le poste au nom d'une tradition de rotation géographique, même si cette règle informelle n'a pas toujours été respectée par le passé.

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Mais ce sont incontestablement les cinq membres permanents du Conseil de sécurité - États-Unis, Chine, Russie, Royaume-Uni et France - qui détiennent les clés de cette élection grâce à leur droit de veto. L'ambassadeur américain Mike Waltz a d'ailleurs clairement signifié que le prochain secrétaire général devra être en phase avec « les valeurs et les intérêts américains », rappelant crûment les réalités du pouvoir au sein de l'organisation multilatérale.

Tous les candidats, dans leurs lettres de vision respectives, soulignent l'impérieuse nécessité de reconstruire la confiance envers une institution internationalement malmenée et confrontée à une crise financière latente. Leur mandat débuterait théoriquement le 1er janvier 2027, mais les négociations et manœuvres diplomatiques commencent dès maintenant, avec ces auditions publiques qui offrent une rare fenêtre sur les ambitions et les visions des prétendants au secrétariat général des Nations Unies.