Le démantèlement de la centrale nucléaire de Fessenheim, dans le Haut-Rhin, a officiellement débuté ce lundi 18 mai 2026. Cette étape marque la fin d'un long processus entamé avec la fermeture du réacteur en 2020. EDF, l'exploitant, s'est engagé sur un calendrier précis et un coût maîtrisé, mais ces promesses suscitent le scepticisme de nombreux observateurs.
Un calendrier ambitieux
EDF prévoit de démanteler entièrement le site d'ici 2040, soit quatorze ans après le début des opérations. Ce délai semble court comparé à d'autres projets similaires dans le monde. Par exemple, le démantèlement de la centrale de Brennilis, dans le Finistère, a pris plus de trente ans. Les experts interrogés par Le Monde estiment que le calendrier d'EDF est optimiste, voire irréaliste, compte tenu de la complexité technique et des contraintes réglementaires.
Les défis techniques
Le démantèlement d'une centrale nucléaire implique le retrait du combustible, la décontamination des structures et la démolition des bâtiments. À Fessenheim, la présence de déchets radioactifs de longue durée complique les opérations. EDF assure disposer des technologies nécessaires, mais des doutes persistent sur la gestion des déchets les plus dangereux. L'entreprise devra également faire face à des problèmes de radioprotection pour les travailleurs, un point souvent sous-estimé dans les projections.
Un coût sous-estimé ?
Le coût total du démantèlement est estimé par EDF à environ 1,2 milliard d'euros. Ce chiffre est basé sur des hypothèses de productivité et de stabilité réglementaire. Cependant, l'expérience montre que les démantèlements nucléaires dépassent presque toujours les budgets initiaux. Aux États-Unis, le démantèlement de la centrale de San Onofre a coûté plus de 4 milliards de dollars, soit le double des prévisions. En France, le démantèlement de la centrale de Chooz A a vu son budget multiplié par trois.
- Risques de dérive financière : Les imprévus techniques et les changements de normes peuvent faire exploser les coûts.
- Manque de transparence : Les associations écologistes dénoncent le manque de données publiques sur les coûts réels.
- Responsabilité financière : En cas de dépassement, qui paiera ? L'État, EDF ou les contribuables ?
Les engagements d'EDF
EDF a présenté un plan détaillé avec des jalons précis. L'entreprise s'engage à terminer le démantèlement des parties les plus radioactives d'ici 2030, puis à poursuivre avec les structures moins contaminées. Elle promet également de recycler autant de matériaux que possible, afin de réduire le volume de déchets ultimes. Ces engagements sont salués par certains experts, mais d'autres rappellent que les promesses passées d'EDF en matière de démantèlement n'ont pas toujours été tenues.
Un précédent inquiétant
Le cas de la centrale de Brennilis est souvent cité en exemple. Fermée en 1985, son démantèlement a été marqué par de multiples retards et dépassements de coûts. Le réacteur n'a été entièrement démantelé qu'en 2018, soit plus de trente ans après sa fermeture. Les associations craignent que Fessenheim ne connaisse le même sort, d'autant que le site est plus grand et plus complexe.
La question du financement
Le financement du démantèlement est assuré par des provisions constituées par EDF pendant l'exploitation de la centrale. Ces provisions s'élèvent à environ 1 milliard d'euros, un montant jugé insuffisant par certains experts. Si les coûts augmentent, EDF devra puiser dans ses fonds propres ou demander une aide de l'État. La Cour des comptes a déjà alerté sur le sous-financement des démantèlements nucléaires en France.
En conclusion, les engagements d'EDF pour le démantèlement de Fessenheim sont ambitieux mais suscitent de nombreuses interrogations. Le calendrier serré et le coût annoncé paraissent optimistes au regard des expériences passées. La transparence et le suivi rigoureux des opérations seront essentiels pour éviter les dérives. Les associations écologistes appellent à une vigilance accrue et à une participation citoyenne dans le processus.



