La gestion du conflit au Moyen-Orient par le président américain Donald Trump fait l'objet d'une vaste enquête journalistique. Impulsif, incontrôlable, il a même été corrigé plusieurs fois par la Maison-Blanche. Alors que les tensions avec Téhéran atteignent un point de rupture avec la guerre au Moyen-Orient, une enquête explosive du « Wall Street Journal » (WSJ) publiée il y a quelques jours dessine le portrait d'un président américain Donald Trump dont l'impulsivité est devenue le principal défi de son propre état-major. Entre revirements sur les réseaux sociaux et mise à l'écart délibérée par ses conseillers, Donald Trump semble naviguer à vue.
Ses conseillers craignent son « impatience »
L'épisode le plus symptomatique de ce malaise s'est déroulé le 4 avril dernier. Alors que deux aviateurs américains sont portés disparus en territoire hostile, une cellule de crise se réunit en urgence. Fait sans précédent : le président en est physiquement écarté. Ses conseillers, craignant que son « impatience » et ses réactions émotives ne fassent capoter l'opération d'exfiltration, choisissent de mener le sauvetage dans son dos. Donald Trump n'apprendra la réussite de la mission qu'après coup. Ce secret de polichinelle n'a pourtant pas tempéré l'ardeur du milliardaire de 79 ans. Sitôt informé, il s'est fendu sur son réseau Truth Social d'une diatribe d'une rare violence : « Ouvrez ce putain de détroit, bande de fous furieux, ou vous irez en enfer ! ». Une approche « improvisée », non coordonnée avec son équipe de sécurité nationale. Le président Trump a même menacé d'« anéantir » la civilisation iranienne via un ultimatum de 12 heures, finalement résolu par un cessez-le-feu précaire à 90 minutes de l'échéance.
La Maison-Blanche a rectifié ses déclarations
Le président américain commente le conflit quasiment en temps réel au gré d'échanges de ce type avec des reporters, qui l'appellent sur son téléphone portable et auxquels il répond de manière plus ou moins expéditive. À deux reprises, ces derniers jours, la Maison-Blanche a dû rectifier des déclarations faites dans ces conditions par le milliardaire de 79 ans. Ces conversations multiples mettent à mal la conviction, jusqu'ici bien ancrée, que « le président des États-Unis doit toujours avoir des communications sécurisées » et que son « temps est précieux », note Robert Rowland, professeur de communication à l'université du Kansas. La journée de mardi en a été un parfait exemple : le président américain l'a entamée en assurant, sur la chaîne CNBC, qu'il ne prolongerait pas le cessez-le-feu annoncé le 7 avril. C'est pourtant ce qu'il a fait quelques heures plus tard, en annonçant sur sa plateforme que la trêve était maintenue jusqu'à nouvel ordre, avec une sobriété inhabituelle.
Déconnexion troublante
L'enquête du « Wall Street Journal », intitulée « Behind Trump's Public Bravado on the War », souligne une déconnexion troublante entre l'urgence du front et les préoccupations quotidiennes du président. Alors que le prix de l'essence atteint 4,09 dollars le gallon et que l'économie mondiale vacille, Trump consacre plusieurs réunions par semaine à son rôle de « maître d'œuvre » pour la construction d'une nouvelle salle de bal à la Maison-Blanche. Alors que les midterms (élections de mi-mandat) de novembre approchent, le président vacille entre ses instincts belliqueux et sa peur panique d'un désastre humain qui ternirait son image de « dealmaker ». Il refuse ainsi d'envoyer des troupes au sol sur l'île de Kharg (point de départ de 90 % des exportations pétrolières iraniennes), craignant que des soldats américains périssent, ternissant son bilan. La guerre « éclair » de février s'est muée en un conflit d'usure où le commandant en chef a vraisemblablement perdu pied.



