L'UE renoue avec les talibans pour expulser des Afghans
UE : renouement avec les talibans pour expulsions d'Afghans

L'Union européenne a relancé des contacts officiels avec le gouvernement taliban en Afghanistan, dans le but de faciliter l'expulsion des ressortissants afghans dont les demandes d'asile ont été rejetées. Cette décision, confirmée par plusieurs sources diplomatiques, marque un tournant dans la politique migratoire européenne, longtemps réticente à dialoguer avec le régime de Kaboul.

Un changement de cap stratégique

Selon des documents internes consultés par Le Monde, la Commission européenne a mandaté des représentants spéciaux pour entamer des discussions avec les autorités talibanes. L'objectif principal est de parvenir à un accord de réadmission pour les Afghans en situation irrégulière dans l'UE. Jusqu'à présent, les expulsions vers l'Afghanistan étaient quasi inexistantes en raison de l'absence de relations diplomatiques et de l'instabilité sécuritaire.

Des négociations discrètes

Les discussions, menées dans la plus grande discrétion depuis plusieurs mois, portent sur des garanties de traitement digne pour les personnes expulsées. L'UE insiste notamment sur le respect des droits humains fondamentaux, un point sensible compte tenu des antécédents du régime taliban en matière de libertés. En contrepartie, les talibans exigent une reconnaissance diplomatique partielle, que l'UE refuse pour l'instant.

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Réactions contrastées

Cette initiative suscite de vives réactions au sein des États membres. Les pays du nord de l'Europe, comme le Danemark et la Suède, y voient une solution pragmatique pour réduire la pression migratoire. En revanche, des associations de défense des droits de l'homme dénoncent un « marché de dupes » et un « abandon moral ». Human Rights Watch a appelé l'UE à suspendre ces pourparlers, estimant que les talibans ne peuvent garantir la sécurité des personnes renvoyées.

La question divise également au Parlement européen, où les eurodéputés de gauche et écologistes réclament un débat public avant toute avancée. Le commissaire européen aux Affaires intérieures a défendu cette approche, arguant qu'il s'agit d'une « nécessité opérationnelle » face à l'augmentation des demandes d'asile infondées.

Selon les chiffres d'Eurostat, près de 40 000 Afghans ont obtenu le statut de réfugié dans l'UE en 2025, mais environ 15 000 demandes ont été rejetées. Ces dernières pourraient être concernées par les expulsions si l'accord aboutit. Les modalités pratiques restent floues, notamment le nombre de vols et les conditions d'accueil à Kaboul.

En attendant, l'UE explore des alternatives, comme des centres de rétention dans des pays tiers, mais le dialogue avec les talibans reste la piste privilégiée. Les prochaines semaines seront décisives pour savoir si ce pari diplomatique portera ses fruits ou s'il se heurtera à des obstacles juridiques et éthiques.

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