L'île de Qeshm, épicentre stratégique du conflit au Moyen-Orient
Dans la guerre qui oppose les États-Unis et Israël à l'Iran, s'étendant désormais à l'ensemble du Moyen-Orient, un aspect particulièrement cynique émerge : l'approvisionnement en pétrole préoccupe davantage Donald Trump et ses alliés que le sort des victimes humaines. Cette inquiétude s'explique par un point géographique crucial : le détroit d'Ormuz, ce passage maritime vital entre le golfe Persique et le golfe d'Oman, par lequel transite environ 20 % de la consommation mondiale de pétrole. Et ce détroit est fermement contrôlé par les Gardiens de la révolution iraniens, avec comme point d'ancrage majeur l'île de Qeshm. Derrière ses atours de petit paradis touristique se cache en réalité une place forte militaire de première importance.
Un joyau naturel iranien aux multiples facettes
Avec une superficie de 1 500 km², Qeshm est la plus grande île du golfe Persique. Positionnée du côté iranien, elle fait face à la ville de Bandar Abbas et, de l'autre côté du détroit, se trouve à seulement 150 kilomètres de la riche et prospère Dubaï, aux Émirats arabes unis. En période de calme relatif, Qeshm constitue une destination touristique majeure en Iran, à tel point que le célèbre guide du Routard lui consacre une page entière sur son site internet. L'île séduit par sa mangrove protégée au nord, son géoparc classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, ainsi que par des sites naturels remarquables comme la vallée des étoiles ou la grotte de sel de Namakdan. Les visiteurs peuvent y pratiquer des excursions en bateau, découvrir des villages traditionnels préservés, explorer de petits ports de pêche authentiques et s'adonner à la randonnée au milieu de paysages évoquant le Grand Canyon américain.
La face cachée : des infrastructures militaires disséminées
Cependant, la position stratégique exceptionnelle de Qeshm a conduit l'Iran à y développer bien plus que le tourisme. Les Gardiens de la révolution y ont implanté d'importantes infrastructures militaires, souvent situées à proximité immédiate des sites fréquentés par les touristes. Au sud de l'île, par exemple, entre un charmant port de pêche, un pittoresque lac d'eau de mer ouvert à la baignade et un camping, se trouve une base navale iranienne où sont stationnés des catamarans lance-missiles. Ces installations ne sont nullement secrètes ; elles sont parfaitement visibles sur les images satellites de Google Earth. Toujours sur la côte sud, un autre port d'apparence banale abrite diverses embarcations militaires. Selon la BBC, on y trouve des vedettes rapides équipées de missiles anti-navires, reconnaissables à leur allure militaire, ainsi que d'autres embarcations ressemblant à des hors-bord civils mais armées de missiles et de mitrailleuses, comme le rapporte le site spécialisé hisutton.
Selon les informations du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), plusieurs centres de missiles seraient également disséminés sur l'île de Qeshm. Il s'agirait d'installations « souterraines » spécialement conçues pour résister aux bombardements, protégées par « cinq couches de béton et de terre ». Par ailleurs, le site israélien Alma affirme que Qeshm abriterait une base de lancement de drones, notamment des modèles Shahed-171 et Saegheh-1, repérés sur des photos satellite en 2023. Il est intéressant de noter que le drone identifié par Alma n'est plus visible sur les images actuelles de Google Earth, bien que celles-ci datent également de 2023, suggérant peut-être des mesures de camouflage ou de déplacement.
Une importance stratégique multidimensionnelle
L'importance de Qeshm est donc multiple et cruciale. Sur le plan militaire, sa situation géographique idéale dans le détroit d'Ormuz permet à l'Iran d'intervenir rapidement en mer, contrôlant ainsi un point de passage vital pour le commerce maritime mondial, notamment pétrolier. Mais l'île revêt également une importance stratégique pour ses ressources, en particulier l'eau. Des usines de dessalement de l'eau de mer y sont installées, permettant d'alimenter en eau douce des millions de personnes. C'est précisément l'une de ces usines qui a été la cible d'une frappe attribuée à Israël par l'Iran le 8 mars, selon le Centre arabe de recherches et d'études politiques de Paris (CAREP). Cette attaque a été suivie le lendemain de représailles iraniennes visant une usine de dessalement au Bahreïn, faisant « craindre un déplacement du conflit vers la question de l'eau », comme l'a souligné le CAREP. Ainsi, Qeshm se trouve au cœur des tensions, non seulement pour le contrôle du pétrole, mais aussi pour l'accès à une ressource essentielle : l'eau.



