Le cours du baril de Brent a atteint 125,60 dollars jeudi, bondissant de 7 % après l'évocation par Washington d'un blocus prolongé des ports iraniens. Deux mois après le début du conflit, la Maison Blanche mise sur cette pression économique pour affaiblir Téhéran. Le prix du pétrole a désormais doublé depuis l'offensive du 28 février, tandis que 41 tankers restent immobilisés en Iran, accentuant les risques d'impasse mondiale.
Ce qu'il faut retenir
Le cours du Brent a bondi à 125,60 dollars ce jeudi, doublant son prix depuis l'attaque américano-israélienne du 28 février contre l'Iran. Cette envolée suit l'annonce par Washington d'un maintien possible du blocus d'Ormuz durant plusieurs mois. Malgré un cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril, la tension reste maximale dans le Golfe. L'amiral Brad Cooper confirme l'interception de 42 navires, tandis que 41 tankers sont actuellement bloqués dans les ports iraniens par les forces américaines. La crise s'étend au Liban où les opérations israéliennes ont fait 2 500 morts depuis mars. Sur le plan diplomatique, les négociations entre Washington et Téhéran restent au point mort après l'échec d'une première session le 11 avril au Pakistan.
Pourquoi une telle envolée des prix ?
Si les armes se sont tues depuis un cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril, le détroit d'Ormuz, par lequel transitait naguère un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde, reste soumis à un double blocus iranien et américain. Cette nouvelle flambée intervient après qu'un haut responsable américain a indiqué mercredi que la Maison Blanche envisageait de "poursuivre le blocus actuel pendant des mois si nécessaire". "Le blocus est un peu plus efficace que les bombardements", a commenté Donald Trump lui-même dans un entretien avec le site américain Axios. Au total, 42 bateaux ont été interceptés à ce jour alors qu'ils tentaient de "violer le blocus" et 41 tankers ne peuvent pas quitter l'Iran, selon l'amiral Brad Cooper, commandant américain pour le Moyen-Orient, qui a jugé le blocus "hautement efficace". Le marché pétrolier s'est encore emballé jeudi à la publication d'un article du média Axios affirmant que Donald Trump devait être briefé jeudi par l'armée sur de possibles nouvelles actions militaires contre l'Iran.
Quelles réactions internationales face à ce risque d'escalade ?
Lors d'un entretien téléphonique, le président russe Vladimir Poutine a mis en garde Donald Trump contre les "conséquences dommageables" qu'aurait une nouvelle action militaire contre l'Iran, "non seulement pour l'Iran et ses voisins, mais aussi pour l'ensemble de la communauté internationale". "Les combats sont largement arrêtés, mais aucune solution durable n'émerge", ont relevé les experts du cabinet DNB, disant redouter une "impasse prolongée" alors que les pourparlers sont au point mort. Les États-Unis veulent "activer la pression économique et les divisions internes pour nous affaiblir ou même nous faire nous effondrer de l'intérieur", a accusé le puissant président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf.
"Catastrophe géopolitique"
Alors que ne se dessine aucune issue au conflit, le ministre américain de la Défense a eu droit mercredi à une volée de bois vert lors de sa première audition à la Chambre des représentants depuis le début du conflit. "Catastrophe géopolitique", "désastre stratégique", "incompétence", "blessure auto-infligée", "bourbier" et autres mensonges… les députés américains n'ont pas ménagé Pete Hegseth. Le chef du Pentagone a révélé que la guerre en Iran avait coûté 25 milliards de dollars jusqu'à présent, la justifiant par une question : "Quel est le prix à payer pour faire en sorte que l'Iran ne se dote jamais de l'arme nucléaire ?" Les conséquences économiques du conflit se font particulièrement sentir en Iran, où la monnaie nationale, le rial, a atteint son plus bas face au dollar depuis l'avènement de la République islamique en 1979. "L'idée de revivre la guerre est terrifiante, mais nous n'avons pas non plus d'espoir quant à l'issue des négociations", confie Ali, architecte téhéranais de 52 ans, joint par une journaliste de l'AFP à Paris.
Quelle situation sur le front ?
Si la trêve a été prolongée sine die, les deux camps n'arrivent toujours pas à s'entendre pour reprendre leurs négociations, après une première session infructueuse le 11 avril au Pakistan. Les Iraniens "ont intérêt à devenir intelligents, et vite !", a menacé Donald Trump sur son réseau Truth Social. Sur le front libanais, où Israël combat le mouvement pro-iranien Hezbollah, le chef d'état-major de l'armée israélienne, Eyal Zamir, a menacé de frapper le Hezbollah "au-delà de la ligne jaune", qui délimite une zone contrôlée par ses troupes au sud du Liban, selon un communiqué militaire. Le président Joseph Aoun a appelé Israël à "pleinement mettre en œuvre" le cessez-le-feu du 17 avril, avant toute négociation directe de paix entre les deux pays, dont il a dit attendre que les États-Unis fixent une date. Les opérations israéliennes au Liban ont fait plus de 2 500 morts et plus d'un million de déplacés depuis début mars, et 1,2 million de personnes sont menacées d'insécurité alimentaire aiguë selon le Programme alimentaire mondial (PAM).



