Poutine, Trump, Xi Jinping : la déraison du plus fort
Poutine, Trump, Xi Jinping : la déraison du plus fort

Poutine, Trump, Xi Jinping : la déraison du plus fort

Vladimir Poutine pensait vaincre l'Ukraine en trois jours, mais le conflit dure depuis quatre ans. Donald Trump présentait son attaque contre l'Iran comme « une excursion », mais la guerre a viré au piège stratégique. À la veille de la rencontre du président américain avec Xi Jinping, la position de la Chine s'avère déterminante.

La raison du plus fort n'est pas toujours la meilleure. À l'instar du loup de la fable de La Fontaine, Vladimir Poutine se voyait comme un prédateur des steppes capable de dévorer la frêle Ukraine. Grossière méprise. Plus de quatre ans après le lancement de l'« opération militaire spéciale » visant à s'emparer de tout ou partie du territoire ukrainien au nom du sacro-saint empire russe, l'autocrate de Moscou piétine. Et recule même. En avril, son armée de mercenaires a perdu du terrain. Et ceci en dépit des avantages que devait lui procurer la guerre américano-israélienne en Iran, censée tarir les livraisons d'armements occidentaux à la résistance ukrainienne tout en augmentant la rente pétrogazière russe… Poutine ne parade plus. Rendu impopulaire par les pertes massives de la guerre (350 000 soldats tués depuis 2022), le marasme économique et la coupure des réseaux d'information, il semble désormais craindre son propre peuple.

La déraison du plus fort s'empare de Washington

Dix semaines après le déclenchement de « Fureur épique » contre l'Iran, que Donald Trump décrivait comme une « excursion » pour éliminer un ennemi de quarante-sept ans, châtier un régime inique et libérer tout un peuple, la guerre a viré au piège stratégique. Malgré l'élimination du guide suprême et de la majeure partie de la classe dirigeante au premier jour des bombardements, les gardiens de la révolution continuent de régner par la terreur sur un peuple qui paie le prix des destructions. En menaçant le trafic maritime de pétrole et de gaz dans le détroit d'Ormuz, l'Iran a pris en otage l'économie mondiale, obligeant l'imprévoyant Donald Trump à décréter un cessez-le-feu pour jouer la carte d'improbables négociations. Sans succès pour l'heure. Pour contraindre les Iraniens, le président américain a semblé opter pour une stratégie de blocus naval visant à étrangler l'économie iranienne tout en libérant les centaines de tankers prisonniers du golfe Persique. Nouvel échec. Redoutant les représailles iraniennes, le monarque d'Arabie saoudite s'est opposé à l'opération de police américaine dans le détroit. La première puissance militaire au monde est dans l'impasse.

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La résistance du faible au fort

En Iran comme en Ukraine, la résistance du faible au fort s'explique par une innovation dans la pratique de la guerre. Des nuées de drones guidés par l'intelligence numérique déjouent les armadas. Peu coûteux, ces engins permettent aux Iraniens qui les ont introduits dans la guerre russo-ukrainienne de maintenir une menace asymétrique contre laquelle les ruineux missiles d'interception et les mirobolants chasseurs supersoniques finissent par s'épuiser. Ainsi des nations disposant de l'arme nucléaire – dont la possession ne peut être que défensive – sont rendues impuissantes par une nouvelle forme de guérilla. La première puissance militaire au monde est dans l'impasse. Empruntant la rhétorique de Poutine, Trump en est réduit à agiter la menace de bombardements massifs sur les civils ou à évoquer l'emploi de troupes au sol. Mais la démocratie américaine, à la différence de la dictature russe, ne saurait verser impunément le sang de ses soldats.

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L'enjeu chinois

Cet échec de la guerre en Iran est d'autant plus cuisant pour le président américain qu'il l'affaiblit par rapport à son véritable adversaire. Depuis son premier mandat à la Maison-Blanche, Donald Trump n'a qu'une obsession : contenir l'ascension de l'immense puissance économique et militaire de la Chine. En janvier, l'enlèvement manu militari du dictateur vénézuélien Nicolás Maduro et son remplacement par une dirigeante docile visaient à couper les approvisionnements chinois en pétrole. À quoi peut aboutir l'actuel affrontement avec l'Iran, autre grand pourvoyeur d'énergie de l'ogre chinois ? Tout semble désormais dépendre de Pékin, où Donald Trump doit se rendre du 13 au 15 mai. En menaçant de priver la tech américaine de terres rares, matières premières dont la Chine détient le quasi-monopole, Xi Jinping était parvenu à interrompre la guerre des droits de douane déclarée par Trump. En octobre 2025, lors d'une entrevue en Corée, l'Américain et le Chinois avaient trouvé un compromis. La nouvelle rencontre prévue à Pékin peut-elle aboutir à la réouverture du détroit d'Ormuz souhaitée par la Chine ? Le bras de fer diplomatique s'engage.