La mort de Khamenei plonge l'Iran dans l'incertitude, l'espoir démocratique persiste
Mort de Khamenei : l'espoir démocratique en Iran malgré les obstacles

Le chaos post-Khamenei ravive les espoirs démocratiques en Iran

La disparition soudaine de l'ayatollah Khamenei a plongé le régime théocratique iranien dans une période d'incertitude profonde, suscitant une vague d'espoir au sein de la diaspora iranienne dispersée à travers le globe. Près d'un demi-siècle après la révolution islamique de 1979, qui a instauré un système politique autoritaire, répressif et ultraconservateur, les opposants les plus optimistes osent enfin envisager une possible transition démocratique.

Shadi Hamid, professeur de science politique à l'université de Georgetown, apporte cependant des nuances cruciales à cet optimisme. "Je pense que la démocratie est possible au Moyen-Orient. Mais elle ne sera pas libérale", explique-t-il dans un entretien exclusif. Ce spécialiste des relations entre islam, politique et démocratie met en garde contre la tentation d'idéaliser ce qu'il appelle "l'exception iranienne".

Les obstacles à une transition démocratique

Alors que le régime iranien apparaît fragilisé par les récentes frappes américano-israéliennes, aucun signe concret n'indique qu'une transition démocratique soit en cours. "Le problème, c'est que l'administration Trump ne fait pas de la démocratie en Iran une priorité", analyse Shadi Hamid. Il ajoute que le rôle d'Israël, qui préfère un Iran affaibli plutôt qu'un Iran fier, fort, uni et démocratique, complique davantage la situation.

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La situation actuelle est qualifiée de "tragédie pour les Iraniens" par le politologue, qui souligne que de nombreux citoyens iraniens attendent des changements mais sont contraints de placer leurs espoirs dans une administration américaine dont les priorités ne correspondent pas à leurs aspirations démocratiques.

Démocratie versus libéralisme

Dans son ouvrage The Problem of Democracy, Shadi Hamid établit une distinction fondamentale entre démocratie et libéralisme. "Pour moi, la priorité doit aller à la démocratie, car on ne peut pas contraindre des populations à être libérales", affirme-t-il. Cette distinction est cruciale pour comprendre les perspectives politiques au Moyen-Orient.

Le professeur rappelle que même aux États-Unis et en Europe, les partis libéraux rencontrent des difficultés face à la montée des forces illibérales. "La leçon que l'on peut en tirer, c'est que le libéralisme n'est pas l'état naturel des sociétés humaines", observe-t-il, tout en insistant que "les peuples du Moyen-Orient ne sont pas condamnés à vivre sous des dictatures".

L'exception iranienne : réalité ou illusion ?

Certains observateurs soulignent le caractère plus sécularisé et progressiste de la société civile iranienne comparée à d'autres pays de la région. Shadi Hamid reconnaît cette spécificité, particulièrement marquée chez les jeunes générations qui, après un demi-siècle de théocratie, semblent s'être détournées de l'idée que l'islam doit jouer un rôle central dans la vie publique.

Cependant, il met en garde contre une vision trop idéalisée. "Je crains que nous ayons tendance à surestimer le caractère sécularisé, progressiste et libéral de la société iranienne", explique-t-il. Même en cas d'élections libres, des partis conservateurs et religieux continueraient probablement à jouer un rôle politique significatif.

L'influence limitée du modèle iranien

Le régime iranien, de par sa nature islamiste chiite, voit son influence idéologique limitée dans le reste du monde musulman. "S'il avait été sunnite, son rayonnement aurait probablement été plus important", note Shadi Hamid. La doctrine du velayat-e faqih, principe central du système politique iranien, n'a pas d'équivalent chez les islamistes sunnites.

En revanche, l'émergence d'un Iran séculier et démocratique pourrait avoir un impact considérable dans la région, offrant un modèle attractif de démocratie séculière au Moyen-Orient.

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Le rôle controversé des États-Unis

Dans son dernier ouvrage, Shadi Hamid défend paradoxalement la puissance américaine tout en reconnaissant les erreurs historiques des États-Unis. "Je voulais montrer qu'il est possible de croire à la puissance américaine et au rôle positif que les États-Unis peuvent jouer, tout en reconnaissant que le pays a commis de nombreuses fautes graves dans le monde", explique-t-il.

Concernant l'intervention américaine en Iran, le politologue se déclare "sensible, dans une certaine mesure, à l'idée d'une intervention" tout en restant critique de sa mise en œuvre actuelle. Il souligne l'importance cruciale de l'après-intervention, une leçon tirée de l'expérience irakienne.

La rivalité Chine-États-Unis

La grande fracture géopolitique contemporaine oppose selon lui démocraties et régimes autoritaires. "Ce sont des systèmes politiques fondamentalement inconciliables", affirme Shadi Hamid, tout en restant optimiste quant à la capacité des États-Unis à corriger leurs dérives grâce à leurs mécanismes démocratiques.

Il exprime cependant une inquiétude concernant la désaffection croissante des jeunes Américains envers leur propre pays, un phénomène qui pourrait compromettre la capacité des États-Unis à jouer un rôle positif sur la scène internationale.