Des positions divergentes au sein du Conseil de coopération du Golfe
Les monarchies du Golfe, réunies au sein du Conseil de coopération du Golfe (CCG), peinent à adopter une position unifiée face à la menace de nouvelles frappes américaines contre l'Iran. Alors que les États-Unis intensifient leur pression militaire sur Téhéran, les pays du Golfe oscillent entre soutien prudent à Washington et craintes d'une escalade régionale aux conséquences dévastatrices.
L'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis en première ligne
L'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis (EAU), traditionnellement alliés des États-Unis dans la région, se montrent particulièrement inquiets. Riyad, qui a longtemps considéré l'Iran comme son principal rival régional, redoute que des frappes américaines ne déclenchent une guerre ouverte qui pourrait menacer la sécurité du royaume et ses infrastructures pétrolières. Les EAU, de leur côté, cherchent à préserver leurs relations économiques avec l'Iran et craignent un impact négatif sur leur statut de hub commercial et financier.
Le Qatar et le Koweït appellent à la désescalade
Le Qatar et le Koweït, quant à eux, plaident pour une solution diplomatique. Doha, qui entretient des liens étroits avec Téhéran, notamment sur le dossier gazier, a multiplié les appels au dialogue. Le Koweït, soucieux de sa sécurité et de sa stabilité intérieure, craint que le conflit ne dégénère en une crise humanitaire et sécuritaire majeure dans la région. Ces deux pays ont refusé de participer à toute coalition militaire américaine contre l'Iran.
Oman et Bahreïn : entre neutralité et allégeance
Oman, connu pour sa neutralité historique, joue un rôle de médiateur et a offert ses bons offices pour faciliter des négociations entre Washington et Téhéran. Bahreïn, en revanche, reste fermement aligné sur les positions saoudiennes et américaines, mais sa population majoritairement chiite rend le royaume vulnérable aux ingérences iraniennes. Manama craint que des frappes ne ravivent les tensions confessionnelles sur son sol.
Des intérêts économiques et sécuritaires contradictoires
Les divisions au sein du CCG reflètent des intérêts économiques et sécuritaires divergents. D'un côté, les monarchies les plus exposées aux menaces iraniennes, comme l'Arabie saoudite et Bahreïn, sont tentées de soutenir une action militaire américaine pour affaiblir Téhéran. De l'autre, des pays comme le Qatar et Oman, qui dépendent moins de la protection américaine et ont des liens économiques avec l'Iran, privilégient la diplomatie.
Le pétrole et le gaz au cœur des préoccupations
Les enjeux énergétiques sont également cruciaux. Une escalade militaire pourrait perturber le détroit d'Ormuz, par lequel transite environ 20 % du pétrole mondial. Les monarchies du Golfe, qui sont de grands producteurs d'hydrocarbures, redoutent une flambée des prix du pétrole qui pourrait déstabiliser leurs économies, mais aussi une baisse de la demande mondiale en cas de récession provoquée par le conflit.
Vers une fragmentation accrue du Golfe ?
Les divergences actuelles risquent d'affaiblir davantage le CCG, déjà fragilisé par la crise diplomatique de 2017 entre le Qatar et plusieurs de ses membres. L'absence de consensus face aux frappes américaines pourrait ouvrir la voie à une fragmentation accrue du Golfe, chaque monarchie cherchant à préserver ses intérêts nationaux au détriment de la solidarité régionale.
Dans ce contexte, les capitales du Golfe observent avec anxiété les développements à Washington et à Téhéran, espérant que la raison l'emporte sur l'escalade militaire. Mais les divisions internes au CCG pourraient compromettre toute tentative de réponse collective face à une crise qui menace de redessiner la carte du Moyen-Orient.



