Au Liban, le cessez-le-feu fragile ne convainc pas les habitants
Liban: le cessez-le-feu fragile ne convainc pas

À Al-Mansouri, village chiite du sud du Liban en grande partie détruit, les combats se poursuivent malgré la trêve prolongée. Tandis que des discussions se tiennent à Washington pour tenter de stabiliser le cessez-le-feu, sur le terrain, les habitants doutent de leur portée. La route s'arrête à un barrage de l'armée libanaise. Au-delà, plus personne n'est autorisé à s'aventurer. Dans l'arrière-pays de Tyr, Al-Mansouri est la dernière localité accessible. À moins d'un kilomètre à vol d'oiseau commence la « ligne de défense avancée », qui empiète sur près de 6 % du territoire libanais, qu'Israël a imposée à l'intérieur du territoire libanais.

Dans le lointain, on entend des explosions. À quelques kilomètres à peine, l'armée israélienne rase méthodiquement habitations et paysages, transformant la zone occupée en un no man's land, censé mettre le nord d'Israël hors de portée des roquettes du Hezbollah, le parti chiite libanais, allié de l'Iran, qui a initié ce nouveau round d'hostilités le 2 mars. Comme tous les villages de la bande frontalière, Al-Mansouri a été méthodiquement détruit. Une centaine d'habitants tout au plus y est revenue après la trêve du 16 avril. Beaucoup sont déjà repartis, faute de pouvoir y vivre.

La paix, mais « pas à n'importe quelles conditions »

Mais ce matin, 300 de ses anciens habitants se sont rassemblés pour un dernier hommage. Sept « martyrs » sont inhumés dans le cimetière, lui aussi bombardé : des combattants du Hezbollah, dont le drapeau flotte sur les monticules de gravats, mais aussi des secouristes et des bénévoles de la Défense civile, régulièrement visés durant le conflit. Dans la procession, la douleur et la colère s'entremêlent : « À mort Israël », « À mort les États-Unis », scande la foule.

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Durant ce conflit, plus de 2 500 personnes ont été tuées au Liban, des milliers d'autres blessées, et plus d'un million déplacées. Mais dans ce village frontalier, ce sont surtout les discussions engagées entre le Liban et Israël qui occupent les esprits. Avec une question qui tend les conversations : faut-il dialoguer avec l'ennemi israélien ou est-ce une ligne rouge à ne pas franchir ? Malgré le cessez-le-feu, les frappes n'ont pas cessé au sud du Liban.

Le président de la municipalité, Haidar Madaihli, n'a pas de réponse évidente : « La paix, évidemment que tous ici nous la souhaitons. Ici, dans les villages frontaliers, nous n'avons connu que la guerre. Nos parents avant nous. Mais pas à n'importe quelles conditions. » L'annonce par les États-Unis d'une prolongation de trois semaines du cessez-le-feu ne change rien à sa défiance. « Les combats au sud se poursuivent, rappelle l'édile. On ne peut pas avoir confiance en Israël : pendant la soi-disant trêve de 2025, près de 400 Libanais ont été tués. »

Un cessez-le-feu fragile sur le terrain

Sur le terrain, le cessez-le-feu reste très fragile. Les frappes ont certes diminué, mais sans cesser, surtout au sud du Liban, où les attaques de drones continuent. Israël s'est garanti une « liberté d'action totale » contre toute menace, au nom de sa « légitime défense ». Son armée a mené des frappes à Kherbet Selem, Touline, ordonné l'évacuation de Deir Aames – une première depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu – avant de lancer des frappes aériennes quelques heures plus tard. Cette localité se situe pourtant au-delà de la ligne de défense avancée.

L'État hébreu serait également en train de construire 15 nouvelles positions fortifiées à la frontière pour mieux contrôler l'espace. « Un cessez-le-feu ? Mais de quoi parle-t-on alors que des drones survolent toujours nos têtes ? Quel cessez-le-feu alors que nous continuons à perdre nos proches ? », s'indigne Mohammed Choukheir, 26 ans, secouriste, dont le père est mort au combat contre Israël en 2024.

Le Hezbollah juge la trêve « sans valeur »

En face, le Hezbollah, qui n'est pas partie aux négociations, juge la trêve « sans valeur ». Le parti a prévenu qu'il n'accepterait pas la mise en place d'une zone tampon au sud du Liban, affirmant en outre qu'il poursuivrait ses opérations « jusqu'à sa libération complète ». Des roquettes ont été tirées vers le nord d'Israël, ainsi que des drones contre des troupes israéliennes au Liban.

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« Aucune négociation directe ne peut avoir lieu tant qu'un retrait israélien de l'ensemble du territoire libanais n'est garanti », martèle Haidar Madaihli. « Cela reviendrait à accorder une reconnaissance à Israël sans contrepartie. »

Une position défendue également par le Hezbollah, tandis que d'autres responsables adoptent une ligne plus nuancée. Le président du Parlement, Nabih Berri, se dit ouvert à des négociations indirectes, sous médiation, dans la continuité des mécanismes déjà en place. « Le désarmement, pourquoi pas ? », reprend-il. « Si cela est discuté entre le gouvernement et le Hezbollah. Pas par la force, ni sous pression étrangère. » Pour Mohammed Choukheir, la question est encore plus simple. « Si Israël reste ici en occupant, la guerre reviendra forcément. Soit on vit avec dignité, soit on se bat. »