L'île de Kharg, cible stratégique dans les tensions entre les États-Unis et l'Iran
Donald Trump a intensifié ses menaces contre l'Iran ce lundi 30 mars 2026, promettant d'« anéantir complètement » l'île de Kharg si les discussions avec Téhéran n'aboutissaient pas « rapidement ». Cette déclaration intervient dans un contexte de tensions croissantes au Moyen-Orient, où le détroit d'Ormuz reste paralysé par les frappes iraniennes.
Un site pétrolier déjà visé par des frappes américaines
L'île de Kharg, située à environ 500 kilomètres au nord du détroit d'Ormuz dans le golfe Persique, a déjà été la cible d'attaques américaines mi-mars. Donald Trump avait alors affirmé que ces frappes avaient « complètement détruit » des cibles militaires sur l'île, tout en précisant avoir épargné délibérément les infrastructures pétrolières.
Selon l'agence de presse iranienne Fars, quinze frappes ont visé :
- Les défenses de l'armée
- La base navale Joshan
- La tour de contrôle de l'aéroport
- Le hangar à hélicoptères de la Continental Shelf Oil Company
Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a révélé que ces attaques avaient été menées depuis des sites aux Émirats arabes unis, utilisant des roquettes à courte portée, une pratique qu'il a qualifiée de « tout à fait inacceptable » et « très dangereuse ».
Le cœur des exportations pétrolières iraniennes
Kharg représente bien plus qu'une simple île : c'est le plus grand terminal d'exportation de pétrole brut de l'Iran, assurant environ 90 % des exportations de brut du pays selon la banque américaine JP Morgan. Cette bande de terre d'environ un tiers de la taille de Manhattan abrite :
- Trois sites pétroliers principaux, dont le plus important du pays
- Des installations de stockage pouvant contenir jusqu'à 30 millions de barils
- Des oléoducs reliés aux principaux gisements pétroliers et gaziers
Développée pendant l'essor pétrolier des années 1960-1970, Kharg est devenue indispensable car la majeure partie du littoral iranien est trop peu profonde pour accueillir des superpétroliers. Malgré l'ouverture récente du terminal de Jask en 2021, Kharg reste décrite par JP Morgan comme « une pierre angulaire de l'économie iranienne et une importante source de revenus pour les Gardiens de la révolution ».
Conséquences économiques potentiellement dévastatrices
Une attaque d'ampleur contre Kharg aurait des répercussions mondiales considérables. Selon une analyse de Vortexa citée par Libération, des frappes massives pourraient entraîner des conséquences « sans précédent depuis la guerre du Golfe ».
Les experts préviennent qu'une telle attaque pourrait :
- Réduire l'offre mondiale de pétrole de 1,5 à 2 millions de barils par jour pendant 3 à 6 mois
- Stopper immédiatement la majeure partie des exportations iraniennes (4,5 % de l'offre mondiale)
- Provoquer une flambée des prix du baril sur les marchés internationaux
La prise de contrôle de l'île par les États-Unis, évoquée à Washington depuis la crise des otages de 1979, serait extrêmement complexe selon l'expert Farzin Nadimi, en raison des infrastructures pétrolières denses qui recouvrent entièrement l'île.
L'Iran promet une riposte proportionnée
Face aux menaces américaines, l'Iran - quatrième producteur de brut au sein de l'OPEP - a averti qu'il répondrait à toute attaque contre ses installations énergétiques selon le principe « œil pour œil ». Abbas Araghchi a précisé : « Si des installations iraniennes étaient visées, nos forces cibleront les installations des entreprises américaines dans la région ou des entreprises dans lesquelles les États-Unis détiennent des parts ».
Cette escalade verbale et militaire intervient alors que le conflit est entré dans sa troisième semaine, avec des spéculations croissantes sur un possible déploiement de forces terrestres américaines dans la région, notamment autour de Kharg.



