Iran : les attaques contre les sites énergétiques font craindre une escalade majeure au Moyen-Orient
Au 38e jour de la guerre au Moyen-Orient, les perspectives de sortie de conflit semblent s'éloigner dangereusement. Ce lundi 6 avril 2026, deux complexes pétrochimiques iraniens ont été frappés, dont le plus important du pays situé à Assalouyeh, qui assure environ la moitié de la production pétrochimique nationale. Cette évolution du conflit suscite une vive inquiétude sur la scène internationale où les mises en garde se multiplient face au risque d'escalade militaire.
Deux complexes pétrochimiques iraniens frappés
« L'armée israélienne a frappé avec force le plus grand complexe pétrochimique en Iran, situé à Assalouyeh, une cible clé qui assure environ la moitié de la production pétrochimique du pays », a déclaré Israël Katz, ministre israélien de la Défense, dans un message vidéo. Le complexe gazier d'Assalouyeh, dans le sud de l'Iran, se situe en bordure de l'immense champ gazier de South Pars, partagé par l'Iran avec le Qatar et essentiel pour le secteur énergétique iranien.
« L'incendie a été maîtrisé. La situation est actuellement sous contrôle et les aspects techniques ainsi que l'étendue des dégâts font l'objet d'une enquête », indique l'agence Irna, citant un communiqué de la compagnie pétrochimique iranienne, qui ajoute qu'aucun blessé n'est à déplorer. Peu après, un second complexe situé également dans le sud de l'Iran a été visé à son tour par des frappes, ont annoncé ce lundi les autorités locales.
« À la suite de l'attaque du complexe pétrochimique de Marvdasht (...) l'incendie a été maîtrisé », ont indiqué les responsables de cette ville du sud de l'Iran proche de Chiraz, dans un communiqué diffusé par l'agence Fars, qui évoque des « dégâts mineurs ».
Les sites énergétiques, cibles stratégiques récurrentes
Ces attaques ne sont pas les premières du genre. Samedi matin, des frappes israélo-américaines ont visé un site pétrochimique à Mahshahr, dans la province de Khouzestan (sud-ouest), faisant cinq morts. « Cinq personnes sont mortes en martyrs à la suite de l'attaque des ennemis américano-sionistes sur des entreprises situées dans la zone économique spéciale pétrochimique de Mahshahr », a déclaré le gouverneur adjoint de la région, Valiollah Hayati, cité par l'agence iranienne Irna.
Le même jour, la centrale nucléaire de Bouchehr, construite avec l'aide de la Russie, a été visée par une frappe. Seule installation nucléaire civile opérationnelle en Iran, elle a déjà été ciblée à quatre reprises depuis le début de la guerre le 28 février. Selon Irna, un projectile a touché « une zone proche de la centrale, où un garde a été tué ». Aucun dommage n'a été recensé sur les installations, selon la même source.
« Nous avons la légitimité de viser des cibles civiles en Iran », a affirmé l'ambassadeur israélien à l'ONU Danny Danon sur la chaîne Fox News. Parallèlement, le porte-parole de l'armée iranienne a affirmé que l'Iran poursuivra la guerre « aussi longtemps que les responsables politiques le jugeront opportun », au moment où plusieurs pays tentent de négocier un cessez-le-feu entre l'Iran, les États-Unis et Israël.
Une inquiétude grandissante sur la scène internationale
Le Directeur général de l'AIEA Rafael Grossi a jugé ce lundi que « les attaques », comme celle survenue samedi « à 75 mètres » seulement du périmètre de la centrale nucléaire de Bouchehr, constituaient « un danger bien réel pour la sûreté nucléaire et devaient cesser ». « Une installation nucléaire et les zones environnantes ne devraient jamais être frappées », a-t-il ajouté.
Une inquiétude partagée par le Conseil européen. Ce lundi, le président du Conseil européen, Antonio Costa, a averti que toute frappe ciblant des infrastructures civiles, en particulier des installations énergétiques, est « illégale » et « inacceptable ». « Cela vaut pour la guerre menée par la Russie en Ukraine et cela vaut partout. La population civile iranienne est la principale victime du régime iranien. Elle serait également la principale victime d'un élargissement de la campagne militaire », a ajouté Antonio Costa.
Une position partagée par la présidente du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) Mirjana Spoljaric, qui a dénoncé ce lundi les « menaces délibérées » contre les infrastructures civiles au Moyen-Orient, rappelant qu'une guerre menée sans limites est contraire au droit. « Les menaces délibérées, qu'elles soient verbales ou concrètes, contre les infrastructures civiles essentielles et les installations nucléaires ne doivent pas devenir la nouvelle norme en temps de guerre », a-t-elle affirmé.
Alors que Donald Trump menace de frapper les infrastructures civiles de l'Iran si le détroit d'Ormuz ne rouvre pas, et que de plus en plus de complexes énergétiques deviennent des cibles, la situation au Moyen-Orient semble s'enfoncer dans une escalade préoccupante dont une issue diplomatique paraît de plus en plus difficile à apercevoir.



