Un tournant historique comparable à 1989
Pour Antoine Basbous, politologue chez Forword Global et directeur de l'Observatoire des pays arabes, la guerre en Iran représente bien plus qu'un simple conflit régional. Il s'agit selon lui d'un bouleversement géopolitique majeur dont les conséquences se feront sentir pendant les cinquante prochaines années, affectant profondément la stabilité et l'économie du Moyen-Orient, voire du monde entier.
"C'est un tournant historique, un séisme qui rappelle celui de la chute du mur de Berlin en 1989", affirme l'expert. Il souligne que le régime iranien, qu'il décrit comme ayant pratiqué, exporté et financé le terrorisme pendant 47 ans, se trouve aujourd'hui dans une situation critique où sa survie même est en jeu.
Un régime affaibli et isolé
Basbous analyse que l'architecture de la République islamique connaît une déstabilisation totale. "La clé de voûte du régime est tombée", explique-t-il, faisant référence à la disparition du guide suprême et aux coups portés aux Pasdarans (Gardiens de la révolution).
Le politologue dresse un constat sévère : "Le régime est extrêmement affaibli et peut tomber : il n'a plus de ressources, il est isolé, encerclé, il ne peut plus exporter, il est désargenté". Il ajoute que Téhéran s'est aliéné de nombreux acteurs internationaux en ciblant des bases aux Émirats et à Chypre, membre de l'Union européenne.
La possibilité d'un "Boris Eltsine iranien"
Interrogé sur les alternatives possibles, Basbous évoque la possibilité qu'émerge un homme issu du régime mais moins radical qui pourrait négocier la levée des sanctions et rétablir un Iran plus ouvert et libéral. "Il faut trouver le Boris Eltsine iranien au sein du régime", affirme-t-il, précisant qu'il existe selon lui plusieurs personnalités susceptibles de jouer ce rôle.
L'expert décrit cette hypothèse comme permettant à l'Iran de "se sortir de son isolement, construire des infrastructures civiles... un autre Iran pacifique et qui ne pratique, ni finance, ni exporte le terrorisme".
Une société iranienne fracturée
Basbous souligne la fracture profonde de la société iranienne. La base sociale du régime se limiterait selon lui aux héritiers des mollahs, aux Pasdarans et aux bassijis (milice paramilitaire). Il rappelle la violence de la répression depuis 2009, évoquant notamment les 32 000 morts en deux nuits en janvier dernier.
"Ce régime n'a plus d'assise populaire et il se défend à mort parce qu'il a peur que toute alternance coûte la vie physique à ses membres", analyse le directeur de l'Observatoire des pays arabes.
Conséquences régionales et nouvel ordre au Moyen-Orient
L'avenir de l'Iran aura des répercussions majeures sur l'équilibre régional. Basbous rappelle que depuis 1979, et surtout après 2003 avec le renversement de Saddam Hussein, l'Iran était devenu une puissance majeure au Moyen-Orient.
Aujourd'hui, avec un Iran déstabilisé, "il peut y avoir un nouvel ordre basé sur l'entente israélo-arabe dans laquelle les Palestiniens seront les grands oubliés". Le politologue anticipe également que la Turquie pourrait chercher à relever le défi régional laissé vacant par l'affaiblissement iranien.
Concernant le gouvernement provisoire dirigé par Massoud Pezeshkian, Basbous le décrit comme un "triumvirat provisoire" où le président, cardiologue de formation, n'aurait "aucun contrôle du pouvoir" et ne servirait que de "décor".



