La guerre au Moyen-Orient pourrait-elle se transformer en conflit pour l'eau ?
Dimanche 8 mars, le Bahreïn a formellement accusé l'Iran d'avoir délibérément ciblé l'une de ses usines de dessalement. Cette accusation intervient alors que Téhéran dénonçait précédemment une attaque similaire attribuée aux États-Unis contre une de ses propres installations hydrauliques.
Des infrastructures vitales prises pour cible
Selon plusieurs rapports, deux autres usines de dessalement – l'une située aux Émirats arabes unis et l'autre au Koweït – auraient également subi des dégâts significatifs. Ces dommages seraient provoqués par la chute de drones iraniens interceptés par les défenses anti-aériennes de la région.
Dans cette zone géographique extrêmement sensible aux effets du changement climatique et classée parmi les plus arides de la planète, la disponibilité en eau est déjà critique. La Banque mondiale estime qu'elle est dix fois inférieure à la moyenne mondiale, rendant chaque installation de dessalement absolument essentielle.
Une vulnérabilité stratégique et profonde
« La vulnérabilité la plus profonde des pays du Golfe reste les usines de dessalement », explique Michael Christopher Low, directeur du Centre du Moyen-Orient à l'Université de l'Utah. Ces infrastructures sont en effet cruciales pour fournir de l'eau potable à des millions d'habitants.
La question qui se pose désormais avec acuité est la suivante : les Iraniens pourraient-ils sciemment viser ces installations pour plonger la région dans un chaos encore plus grand ? « Ce serait la réponse la plus extrême et la plus irrationnelle. Car il n'y a pratiquement plus d'étape supérieure possible dans l'escalade militaire », prévient l'historien, auteur de l'ouvrage à paraître Saltwater Kingdoms: Fossil-Fueled Water and Climate Change in Arabia.
Une stratégie délibérée d'extension du conflit
Interrogé sur la nature de ces cibles, Michael Christopher Low confirme le caractère potentiel de ces attaques. « Malheureusement oui. Depuis le début de la guerre, l'Iran semble avoir adopté une stratégie assez intentionnelle consistant à étendre la souffrance aux États arabes du Golfe ».
Il précise que ces nations, bien que théoriquement sous la protection sécuritaire américaine, se retrouvent en réalité extrêmement vulnérables sur de multiples fronts. L'escalade observée est graduelle et inquiétante :
- Des frappes de drones ou des débris ont d'abord touché des hôtels de luxe à Dubaï.
- Les aéroports régionaux ont ensuite été visés.
- Puis ce fut le tour des installations pétrolières et gazières, cœur économique de ces pays.
« Pour ces États, qui ont essayé de rester relativement prudents, il s'agit de l'avant-dernière marche sur l'échelle de l'escalade. Car c'est leur activité principale, leur business. Mais leur vulnérabilité la plus profonde, presque tabou, demeure les usines de dessalement », conclut l'expert.
La protection de ces infrastructures hydrauliques devient donc un enjeu de sécurité nationale absolu, transformant potentiellement un conflit géopolitique en une guerre pour la ressource la plus vitale : l'eau.



