Mohammad Bagher Ghalibaf, figure clé du régime iranien et interlocuteur potentiel pour Washington
Ghalibaf, figure clé iranienne et interlocuteur potentiel pour les USA

Mohammad Bagher Ghalibaf, l'homme que Donald Trump qualifie de « leader respecté » en Iran

Est-ce de lui dont Donald Trump parle lorsqu'il évoque l'homme qu'il considère « comme le plus respecté et le véritable leader » en Iran ? Mohammad Bagher Ghalibaf est aujourd'hui l'une des figures les plus influentes du pouvoir en République islamique d'Iran. À 64 ans, ce président du Parlement et ancien général des Gardiens de la Révolution cumule près de cinquante années d'expérience au cœur même du régime. Son parcours exceptionnel, mêlant militaire et politique, fait de lui un acteur central capable d'influencer les décisions internes et d'émerger comme un interlocuteur potentiel pour Washington, dans un contexte marqué par d'intenses tensions et de profondes fractures au sein du leadership iranien.

Un parcours intimement lié à l'histoire de la République islamique

Le parcours politique de Ghalibaf lui confère une légitimité incontestable au sein du régime. « C'est un pasdaran 'canal historique' », explique David Rigoulet-Roze, chercheur associé à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), spécialisé sur le Moyen-Orient. Mohammad Bagher Ghalibaf a rejoint le corps des Gardiens de la Révolution islamique dès son adolescence, dans les années 1980, pendant la guerre Iran-Irak. « Très jeune, il est devenu aviateur », précise le chercheur. « À 22 ans, il passe général des Gardiens de la Révolution. Il a un pedigree militaire reconnu. Son parcours est intimement lié à l'histoire de la République islamique. »

Dans les années 1990, il est nommé chef de la police iranienne par l'ancien guide suprême Ali Khamenei, dont il était très proche. Il participe activement à la répression des manifestations étudiantes, notamment en 1999 et 2003. « Il existe des photos de moi où l'on me voit à l'arrière d'une moto… en train de frapper [les manifestants] avec des bâtons en bois… J'étais parmi ceux qui distribuaient des coups dans la rue et j'en suis fier », déclarait-il dans un enregistrement audio daté de 2013.

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Dans les années 2000, il démissionne de la police pour se lancer dans la course à la présidentielle. S'il échoue par trois fois à obtenir l'investiture suprême, il devient maire de Téhéran de 2005 à 2017, un poste stratégique. Depuis 2020, il préside le Madjles, le Parlement iranien, parachèvement d'une carrière politique remarquable. Son parcours militaire et politique « lui confère, dans la configuration actuelle – où la plupart des figures historiques ont été éliminées –, une place particulière », souligne David Rigoulet-Roze.

Un profil potentiellement rassembleur pour Washington

Pour le chercheur, « ce n'est pas un idéologue au sens propre. Il n'est pas du tout investi dans une logique eschatologique. Il fait plutôt partie de ces gardiens affairistes qui cherchent à préserver des intérêts ». Plus de quatre semaines après le déclenchement d'une guerre contre le régime iranien, Donald Trump alterne entre menaces et ouvertures à la négociation. Dans ce contexte, le profil de Mohammad Bagher Ghalibaf apparaît comme potentiellement rassembleur pour Washington : « C'est un ancien militaire qui a passé le costume, mais qui a gardé le bénéfice de son pedigree en tant que général des Gardiens. Il n'est pas perçu comme un radical, et il est pressenti comme un interlocuteur potentiel », explique le chercheur de l'Iris.

Mais en Iran, sa figure reste ambivalente. « Il est d'abord associé à la répression, en qualité de chef de la police à la fin des années 1990, ce qui ne l'empêche pas d'être également stigmatisé pour des accusations de corruption. Et en même temps, en tant que maire de Téhéran, il a eu une gestion politique qui n'était pas irrationnelle, notamment en matière d'aménagement, avec le métro de Téhéran ». Évidemment, ceux qui rejettent le régime ne peuvent pas considérer Ghalibaf comme acceptable, mais pour Trump, c'est une autre affaire.

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La nécessité de donner des gages aux radicaux

Le président du Parlement iranien doit agir avec prudence. Sa position l'oblige à s'opposer publiquement à toute négociation avec les États-Unis. « Notre peuple exige le châtiment complet et humiliant des agresseurs. Aucune négociation avec l'Amérique n'a eu lieu », a-t-il récemment assuré. Être présenté comme un interlocuteur potentiel tout en tenant une ligne très dure semble paradoxal, mais pour David Rigoulet-Roze, c'est un positionnement stratégique logique : « Le fait de le présenter comme un interlocuteur potentiel n'est pas une situation confortable, notamment vis-à-vis des autres Gardiens, beaucoup plus radicaux ».

« C'est le syndrome de la nuit des longs couteaux qui se profile, entre ceux qui savent qu'il faudra négocier et ceux qui sont prêts à aller jusqu'au bout dans une logique qui mixe le nationalisme et l'eschatologie. Il ne peut pas afficher des velléités d'ouverture trop marquées, qui le mettraient en danger ». Parmi ses potentielles menaces figurent notamment Ahmad Vahidi, commandant en chef des Gardiens de la Révolution, ou Mohsen Rezaï, conseiller du supposé nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei.

« Cela explique ses déclarations, qui sont des diatribes : elles visent à donner des gages à ses pairs », ajoute le chercheur. Selon lui, Mohammad Bagher Ghalibaf n'a guère de possibilités d'agir seul : « Aucun individu, en tant que tel, ne prendra sur lui la responsabilité de passer un accord tout seul. Il faudrait d'abord un accord intrapasdaran. Il n'a pas la marge qu'on lui attribue aujourd'hui ». Lundi 30 mars, le secrétaire d'État américain Marco Rubio a confirmé sur ABC qu'il existe des fractures « au sein du leadership » iranien. Les prochains jours devraient éclairer le rôle que pourrait jouer, ou non, Mohammad Bagher Ghalibaf dans les négociations à venir.