Crise dans le Golfe : Trump, roi du deal ? Le regard d'Aurélien Colson
Crise dans le Golfe : Trump, roi du deal ? Regard d'Aurélien Colson

Donald Trump aime se présenter comme le "roi du deal". Mais sur le dossier iranien, comme sur d'autres, il aura surtout été l'homme qui sabote la voie négociée, selon Aurélien Colson, professeur de science politique à l'Essec Business School. Un accord existait pourtant : le JCPOA, conclu le 14 juillet 2015 au terme de 20 mois de négociations entre l'Iran et le "P5 + 1" (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, plus l'Allemagne). Cet accord plafonnait l'enrichissement de l'uranium iranien à 3,67 %, limitait le stock de matières sensibles et imposait des inspections de l'Agence internationale de l'énergie atomique.

Un accord saboté par des décisions impulsives

L'accord n'était pas parfait, mais réduisait drastiquement les capacités nucléaires de Téhéran. Peu importe : le 8 mai 2018, Trump a cassé ce traité. Pourquoi ? Parce qu'il portait la signature de Barack Obama, son rival démocrate. La suite est connue : l'Iran a pu reprendre ses activités nucléaires. Mais Trump, une fois revenu à la Maison Blanche, au lieu de négocier un nouveau cadre, a privilégié l'improvisation, les coups de menton et finalement le recours à la force.

Le plus accablant est que la démonstration avait déjà été faite de l'impasse à laquelle aboutit l'option militaire. Plutôt que des diplomates spécialisés, Trump envoie négocier son ami golfeur, Steve Witkoff, et son gendre, Jared Kushner – lesquels ne connaissent pourtant rien ni à l'Iran ni au nucléaire. Fin 2025, quand la crise s'est emballée, une médiation a persisté via Oman. Le ministre des Affaires étrangères de cet État du Golfe s'est rendu à Washington le 27 février 2026 pour présenter au vice-président J. D. Vance les résultats de la négociation en cours avec les Iraniens. En vain : Trump a choisi la surenchère. L'offensive américano-israélienne a commencé le lendemain même.

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Les limites de l'option militaire

Le plus accablant est que la démonstration avait déjà été faite de l'impasse à laquelle aboutit l'option militaire. La "guerre des 12 jours" de juin 2025, campagne de bombardements ciblés menés par les États-Unis et Israël contre les sites iraniens supposés accueillir matières et installations nucléaires, avait montré ses limites. Pire : la détermination du régime iranien à se doter, avec l'arme nucléaire, d'une "assurance-vie" n'en a été que renforcée.

Des conséquences durables et globales

Sans règlement politique d'ensemble obtenu par la négociation, il n'y a pas de solution militaire au problème nucléaire iranien. Il faut espérer qu'un accord finira malgré tout par émerger du chaos déclenché par le président américain. Mais à quel prix ? Un régime iranien durci, imposant des souffrances accrues à son peuple. La destruction d'infrastructures énergétiques dans le Golfe et le blocage du détroit d'Ormuz, par lequel transite 20 % du pétrole mondial, ont déclenché la pire flambée des prix de l'énergie depuis les chocs pétroliers des années 1970 : les conséquences seront durables et globales. Sans oublier la raréfaction des engrais – dont certains composants, comme l'ammoniaque, proviennent en grande partie des pays du Golfe. Les effets en chaîne sur l'agriculture mondiale sont d'ores et déjà inévitables.

L'accord qui pourrait sortir de ce chaos sera sans doute moins bon que celui que Trump a détruit. Peu lui importe : il le vendra comme un triomphe à sa base MAGA, laquelle le croira. C'est tout le drame de cette séquence : un président qui prétend négocier des deals, mais qui ne cesse de rendre les bons accords impossibles, avant de se vanter des mauvais auquel son incompétence impulsive nous condamne.

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