Le récent article du « Monde » sur les pressions exercées par Megarama sur les sociétés de distribution de films a des répercussions en Gironde. Fin avril, le journal avait dévoilé les méthodes du géant, qui possède deux salles dans le département, à Bordeaux Bastide et au Pian-Médoc, pour que les distributeurs n’accordent pas de copies de films aux salles municipales voisines de ses multiplexes le jour de leur sortie nationale.
« Le Monde » évoquait notamment un courriel de Thomas Graux, responsable de programmation de Megarama, envoyé le 3 mars et destiné à tous les distributeurs, avec la liste des « cinémas municipaux qui génèrent une distorsion de concurrence en termes d’exposition et en termes de prix des places pour les films en sortie nationale par rapport à plusieurs de nos cinémas ».
Ce courriel intervient dans un contexte de fréquentation en baisse dans les salles de cinéma en France comme en Gironde en 2025, même si les cinémas de proximité et d’art et essai du département résistent mieux.
Une inquiétude profonde à Pessac
À Pessac, qui abrite le cinéma d’art et essai Jean-Eustache, le maire se dit « profondément inquiet » du devenir de cet « acteur majeur de la vie culturelle girondine et nationale », après la parution de l’article du « Monde ». Dans un courrier adressé à la ministre de la Culture Catherine Pégard mardi 12 mai, Franck Raynal considère qu’il « est nécessaire de défendre une vision rassemblée et ambitieuse du cinéma ». « Le débat ne peut pas être celui d’une opposition entre différents modèles de salles, mais bien celui d’une mobilisation collective pour redonner au public le goût du cinéma en salle », défend l’élu.
Un poumon culturel menacé
Le directeur du Jean-Eustache, Jean-François Aymé, se dit satisfait de la réponse institutionnelle : la médiatrice du cinéma a demandé à Megarama de stopper ses pressions. « Mais ces dernières semaines, nous observons des tensions pour l’accès de certains films aux cinémas indépendants. Il y a quelques inquiétudes, par exemple sur “Le Diable s’habille en Prada 2”, qui n’a été programmé dans aucune salle indépendante de la périphérie parisienne. Il y a moins de copies sorties par les distributeurs et cela se fait au détriment des salles indépendantes. »
Jean-François Aymé souligne que le Jean-Eustache continue de proposer des sorties nationales, notamment lors du Festival de Cannes. Il rappelle que les mauvais chiffres de l’année 2025 s’expliquent en grande partie par l’absence de blockbusters. « Cette année 2026 est nettement meilleure, avec des films comme “Marsupilami”, “Avatar” ou “Michael”. Nous avons une hausse de la fréquentation de 10 %. »
À Pessac, le cinéma Jean-Eustache est plus qu’un simple cinéma. Situé en plein centre-ville, il est un poumon culturel qui déroule une riche programmation événementielle. Dans son programme aux dernières élections municipales, Franck Raynal évoquait sa rénovation. Les travaux nécessaires portent sur la salle Laurel et Hardy, ainsi que sur une reprise de la façade.



