Ursula von der Leyen saisit l'opportunité post-Orban pour relancer son combat contre le veto
La présidente de la Commission européenne n'a pas perdu de temps. Moins de vingt-quatre heures après que la Hongrie a voté pour évincer Viktor Orban – son dirigeant anti-européen en poste depuis seize longues années – Ursula von der Leyen est remontée sur son cheval de bataille favori. Elle a plaidé avec une nouvelle vigueur pour que l'Union européenne obtienne davantage de pouvoir sur les gouvernements nationaux, avec un objectif clair : imposer des décisions en matière de politique étrangère sans être systématiquement bloquée. Comprendre ici une volonté de mettre un terme définitif au droit de veto, cet outil historique de l'UE qui permet à chaque État membre de faire obstacle.
Le veto hongrois, un cas d'école des blocages systémiques
Sous le règne de Viktor Orban, proche allié de l'ancien président américain Donald Trump et du président russe Vladimir Poutine, la Hongrie s'est érigée en maître dans l'art du blocage. Le mécanisme actuel accorde à chaque gouvernement un droit de veto sur les décisions cruciales concernant les affaires étrangères, l'élargissement de l'Union, son budget ou encore des questions touchant à la souveraineté des États. Un seul pays peut ainsi paralyser les vingt-six autres membres lorsque ses intérêts nationaux sont en jeu. Cette réalité complique singulièrement l'adoption de sanctions contre des pays comme la Russie ou Israël, ou encore le vote de budgets supplémentaires pour soutenir l'Ukraine dans son effort de guerre.
Un combat de longue date pour la dirigeante allemande
Ces dernières années, Ursula von der Leyen s'est imposée comme la figure de proue d'une lutte controversée au sein des institutions européennes. Elle appelle sans relâche à un changement de paradigme majeur : se débarrasser de l'exigence d'unanimité pour passer au vote par majorité qualifiée. Dès son arrivée à la tête de la Commission en 2019, la dirigeante allemande avait apostrophé les nations avec un message sans équivoque : "Soyez courageux et passez enfin au vote à la majorité qualifiée". En septembre dernier, dans son grand discours sur l'état de l'Union, elle avait relancé le débat avec force, déclarant : "Il est temps de nous libérer des carcans de l'unanimité", une phrase qui avait récolté de vifs applaudissements de ses partisans.
"Passer au vote à la majorité qualifiée en matière de politique étrangère est un moyen important d'éviter les blocages systémiques, comme nous l'avons vu par le passé", a-t-elle réaffirmé ce lundi 13 avril. Elle a exhorté les gouvernements à "saisir dès maintenant l'opportunité", faisant directement référence à la fin du règne de Viktor Orban, le plus grand utilisateur du droit de veto ces dernières années.
Des divisions profondes malgré un contexte favorable
Pourtant, même parmi les membres les plus favorables à l'intégration européenne, l'enthousiasme pour cette révolution institutionnelle reste mesuré. De nombreux États rechignent à l'idée de perdre le contrôle exclusif de leur politique étrangère et de devoir potentiellement entériner des décisions auxquelles ils s'opposeraient.
- Pour les petits États, le veto constitue souvent un outil crucial, parfois le seul, pour se faire entendre face aux grandes puissances.
- À l'inverse, des nations comme l'Allemagne ou la France, ayant moins à perdre en termes d'influence, se sont déjà exprimées en faveur du vote à majorité qualifiée. Emmanuel Macron a ainsi appelé à plusieurs reprises à généraliser cet outil, estimant que l'Europe s'était laissé enfermer dans une image de "bureaucratie impuissante".
Une initiative qui peine à trouver son élan
En 2023, Berlin avait même lancé un "Groupe d'amis du vote à la majorité qualifiée en politique étrangère et de sécurité commune". Cette initiative, qui réunissait alors la Belgique, la Finlande, la France, l'Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Slovénie et l'Espagne, semblait prometteuse. Mais l'élan s'est vite essoufflé et n'a, à ce jour, abouti à aucun résultat concret. La réalité des positions est plus nuancée : même parmi les favorables, les visions divergent. Certains souhaitent une généralisation du vote majoritaire, d'autres ne le voient applicable que sur des sujets spécifiques comme la fiscalité, mais pas sur la politique étrangère, domaine régalien par excellence.
Il est donc difficile aujourd'hui de discerner une véritable dynamique unie derrière Ursula von der Leyen. Et un paradoxe de taille demeure : pour passer de l'unanimité au vote à la majorité qualifiée, il faudra dans un premier temps... récolter l'unanimité des États membres. Un cercle vicieux institutionnel qui illustre toute la complexité du projet européen.



