Les États-Unis accordent une dérogation pour le pétrole russe malgré les sanctions
Le ministère américain des Finances a annoncé ce jeudi une dérogation exceptionnelle de 30 jours permettant l'achat de pétrole et de produits pétroliers russes actuellement bloqués en mer, malgré les sanctions en vigueur. Cette mesure, publiée sur le site du département du Trésor, autorise la livraison et la vente de pétrole brut et de produits pétroliers russes chargés sur des navires au plus tard le 12 mars, avec une validité jusqu'au 11 avril prochain.
L'objectif affiché par Washington est de stabiliser les marchés énergétiques mondiaux, fortement perturbés par la guerre en Iran et les attaques américaines et israéliennes qui ont bloqué le détroit d'Ormuz, une voie cruciale pour l'approvisionnement mondial en hydrocarbures. Cependant, cet assouplissement pourrait compliquer les efforts occidentaux visant à priver la Russie des revenus nécessaires à sa guerre en Ukraine.
Les réactions européennes : inquiétude et désapprobation
L'Europe a rapidement exprimé sa préoccupation face à cette décision unilatérale des États-Unis. Le chancelier allemand Friedrich Merz a qualifié cette dérogation de "mauvaise" décision, soulignant qu'il n'y avait actuellement "pas de problème avec l'approvisionnement" mais seulement avec les prix. Il s'est interrogé sur les véritables motivations derrière cette mesure américaine.
Le président du Conseil européen, Antonio Costa, a jugé "très préoccupante" cette décision qui a "des répercussions sur la sécurité européenne". Sur le réseau social X, il a affirmé que "la pression économique croissante sur la Russie est déterminante pour qu'elle accepte des négociations sérieuses" avec l'Ukraine, ajoutant que "l'affaiblissement des sanctions accroît les ressources russes pour mener la guerre d'agression contre l'Ukraine".
La Commission européenne, par la voix de sa porte-parole Paula Pinho, a estimé que "ce n'est pas le moment d'assouplir les sanctions contre la Russie". Selon ses calculs, la Russie aurait "engrangé 150 millions de dollars par jour de recettes supplémentaires provenant des ventes de pétrole depuis le début du conflit au Moyen-Orient", ce qui en ferait "probablement la principale bénéficiaire de ce conflit".
Macron tente de rassurer l'Ukraine et envoie un message à Moscou
Emmanuel Macron, recevant le président ukrainien Volodymyr Zelensky à l'Élysée, a tenté de rassurer son homologue en affirmant que les sanctions contre la Russie seraient maintenues malgré la décision américaine. "La décision qui a été prise, de manière exceptionnelle et limitée, par les États-Unis, ne revient pas de manière durable et large sur les sanctions qu'eux-mêmes ont décidé", a assuré le chef de l'État français.
Le président français a envoyé un message clair à Moscou : "La Russie se trompe si elle espère que la guerre en Iran va lui offrir un répit. Le contexte de montée des prix du cours du pétrole ne doit en aucun cas amener à revoir notre politique de sanctions à l'égard de la Russie, c'est la position que le G7 a tenue, c'est la position évidemment de la France et de l'Europe".
Volodymyr Zelensky n'a pas caché sa préoccupation, jugeant que la décision américaine "n'aide pas la paix" en Ukraine. Il a alerté que "la levée des sanctions entraînera un renforcement de la position de la Russie", estimant que cet assouplissement pourrait rapporter à Moscou "environ 10 milliards de dollars pour la guerre".
Un deuxième assouplissement en peu de temps
Cette mesure constitue le deuxième assouplissement significatif des sanctions américaines liées à la guerre en Ukraine en un peu plus d'une semaine. Le 5 mars, le Trésor américain avait déjà accordé une dérogation de 30 jours spécifiquement à l'Inde, permettant à New Delhi d'acheter du pétrole russe bloqué en mer.
La décision de Washington met en évidence l'inquiétude de la Maison-Blanche face à la hausse des prix du pétrole à l'approche des élections de mi-mandat de novembre, lors desquelles les républicains espèrent conserver le contrôle du Congrès. Cet assouplissement est intervenu après un appel téléphonique entre Donald Trump et le président russe Vladimir Poutine en début de semaine, suivi d'une visite de Cyrille Dmitriev aux États-Unis pour discuter de la crise énergétique.
Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a déclaré que la décision américaine visait à stabiliser les marchés mondiaux de l'énergie, un intérêt partagé par Moscou. "La situation est difficile avec le risque d'une crise grandissante dans le secteur mondial de l'énergie (...) sans des volumes importants de pétrole russe, la stabilisation des marchés est impossible", a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse.



