Le couperet est tombé. Après plus d'un an de blocage, l'Union européenne est finalement parvenue, lundi 11 mai, à adopter des sanctions contre plusieurs organisations israéliennes accusées de soutenir la colonisation en Cisjordanie et d'être impliquées dans des violences contre des Palestiniens. Jusqu'ici, un veto de la Hongrie empêchait les Vingt-Sept d'avancer sur ce dossier sensible. Mais l'arrivée au pouvoir de Péter Magyar à Budapest, le 9 mai, a rebattu les cartes. Lors d’une réunion des ministres européens des Affaires étrangères à Bruxelles, le gouvernement hongrois a levé son opposition à ces mesures.
Des sanctions ciblées
Les États membres ont ainsi validé des sanctions visant quatre organisations de colons israéliens et trois de leurs dirigeants. Les personnes ciblées se verront interdire l’entrée sur le territoire européen et leurs éventuels avoirs dans l’UE seront gelés. Cette décision marque un tournant pour les Européens, qui peinaient depuis des mois à afficher une position commune sur la question. "Il était grand temps de sortir de l'impasse et d'agir", a martelé la cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas. "L'extrémisme et la violence ont des conséquences", a-t-elle ajouté.
Les organisations concernées
Les noms des organisations concernées ne seront officiellement publiés qu’après la parution de la décision au Journal officiel de l’Union européenne, dans plusieurs semaines. Mais selon plusieurs médias israéliens, figurent notamment Amana, importante organisation impliquée dans la construction de colonies en Cisjordanie, le mouvement de colons d’extrême droite Nachala ainsi que sa dirigeante Daniella Weiss, 80 ans. Sont également concernés Hashomer Yosh et son ancien responsable Avichai Suissa, ainsi que Regavim et son directeur Meir Deutsch, rapporte le quotidien israélien Haaretz.
La réaction d'Israël
Israël a vivement dénoncé ces sanctions. Sur le réseau social X, le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a accusé l’Union européenne d’avoir "choisi, de manière arbitraire et politique, d’imposer des sanctions à des citoyens et à des entités israéliens en raison de leurs opinions politiques et sans aucun fondement".
Le Premier ministre Benyamin Netanyahou a lui aussi condamné la décision européenne. Dans un communiqué diffusé par son bureau, il a estimé que "l’Union européenne a révélé sa faillite morale en établissant un faux parallélisme entre les citoyens israéliens et les terroristes du Hamas", alors que les Vingt-Sept ont aussi approuvé des sanctions "contre des figures de premier plan" du mouvement terroriste, selon Kaja Kallas. Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, fervent défenseur de la colonisation, a dénoncé pour sa part "une hypocrisie européenne qui atteint de nouveaux sommets".
La position française
Côté français, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a salué une décision visant "les principales organisations israéliennes coupables de soutenir la colonisation extrémiste et violente de la Cisjordanie". Sur X, il a estimé que "ces actes gravissimes et intolérables doivent cesser immédiatement".
Un processus encore en cours
Cette adoption reste toutefois, à ce stade, une décision politique. Des étapes techniques et juridiques doivent encore être franchies avant l’entrée en vigueur officielle des sanctions, souligne le Times of Israel. L’Union européenne avait déjà adopté deux précédents trains de sanctions contre des colons israéliens en 2024, dans le sillage des mesures prises par l’administration Biden (annulées depuis par Donald Trump). Mais le sujet reste hautement sensible au sein des États membres, qui ne sont pas parvenus à s’accorder sur une éventuelle suspension de l’accord d’association entre l’UE et Israël.
Contexte de tensions en Cisjordanie
Ces sanctions interviennent dans un contexte de fortes tensions en Cisjordanie. Depuis les attaques du Hamas du 7 octobre, plusieurs organisations internationales et l’ONU alertent sur l’augmentation des violences commises par des colons israéliens contre les Palestiniens. Selon des chiffres des Nations unies relayés par The Guardian, 230 Palestiniens ont été tués l’an dernier en Cisjordanie par les forces israéliennes et des colons.
La communauté internationale considère les colonies israéliennes en Cisjordanie comme illégales au regard du droit international. Israël distingue toutefois les colonies autorisées par l’État des avant-postes sauvages construits sans permis, souvent sur des terres privées palestiniennes. Ces dernières années, le gouvernement israélien a néanmoins multiplié les initiatives visant à financer ou légaliser certains de ces avant-postes.



