L'UE lance son projet de loi pour une souveraineté industrielle avec le « made in Europe »
UE : projet de loi pour une souveraineté industrielle avec le « made in Europe »

L'Union européenne franchit un cap historique pour sa souveraineté industrielle

Pendant de nombreuses années, le concept de « souveraineté industrielle » européenne est demeuré un vœu pieux, sans se concrétiser dans des politiques concrètes pour protéger et dynamiser la production manufacturière sur le Vieux Continent. Avec le projet de loi sur l'accélération industrielle, dévoilé ce mercredi 4 mars, la Commission européenne propose enfin un remède puissant contre la désindustrialisation qui menace l'Europe.

Une nécessité stratégique face aux rapports de force mondiaux

Les Vingt-Sept se trouvent dans une situation de vulnérabilité stratégique croissante, confrontés à un risque de décrochage économique dans un monde structuré par des rapports de force exacerbés. Ils ne peuvent plus rester passifs. L'initiative vise à instaurer une préférence européenne robuste, en conditionnant l'accès aux marchés publics et aux aides d'État à des critères exigeants de production locale.

Ce principe de « made in UE » s'appliquera à plusieurs secteurs clés : l'industrie lourde décarbonée (comme l'aluminium et le ciment), les technologies vertes (éolien, électrolyseurs, pompes à chaleur, batteries, photovoltaïque), le nucléaire, ainsi que les véhicules électriques et hybrides. Pour ces derniers, 70 % des composants, à l'exclusion de la batterie, devront provenir de l'Union européenne.

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Une double rupture pour la politique européenne

Pour l'Union européenne, cette démarche représente une double rupture majeure. Au-delà de la simple notion de préférence européenne, elle transforme la politique industrielle en un instrument actif de politique commerciale. En intégrant le principe de réciprocité, le texte envoie un signal clair aux partenaires internationaux de l'UE : les pays qui ferment leurs marchés publics ne bénéficieront plus d'un accès libre au marché européen.

Il s'agit d'un véritable changement de paradigme pour une Union qui s'est historiquement construite sur les fondements du libre-échange, parfois au détriment de ses propres intérêts économiques et stratégiques.

Un consensus difficilement obtenu

Comme souvent pour les avancées européennes, ce projet a été laborieux. Maintes fois reporté, il a fait l'objet de négociations intenses pour parvenir à un consensus. Celui-ci a nécessité d'élargir la définition du « made in UE » à des dizaines de pays partenaires, ce qui risque de diluer partiellement l'ambition initiale du texte.

Certains secteurs stratégiques, comme l'acier, n'atteignent pas le niveau d'exigence que requerrait une véritable stratégie de reconquête industrielle. L'acier devra certes être bas carbone, mais pas nécessairement d'origine européenne, illustrant les compromis réalisés.

Des obstacles politiques persistants

Les défis politiques restent considérables. Le texte doit maintenant être approuvé par les États membres et le Parlement européen, où des lignes de fracture subsistent. Ces divisions reflètent la part de l'industrie dans chaque économie nationale, le niveau des excédents commerciaux et la vulnérabilité face à d'éventuelles représailles commerciales.

Les pressions extérieures, notamment des États-Unis et de la Chine, pourraient inciter certains acteurs à vouloir adoucir un dispositif perçu comme trop protectionniste, menaçant ainsi l'efficacité de la mesure.

Une question existentielle pour l'Europe

Le projet de loi sur l'accélération industrielle soulève une interrogation fondamentale : l'Europe est-elle prête à assumer politiquement ce qu'elle propose sur le plan réglementaire ? Conditionner l'accès à son marché, surveiller les investissements étrangers et imposer des exigences industrielles supposent une capacité de contrôle, de sanction et de cohérence que l'UE n'a pas toujours démontrée par le passé.

La manière dont ce projet aboutira révélera la vision que les États membres ont de l'Europe. S'agit-il de redevenir une puissance industrielle assumant la protection de ses entreprises, même au prix de rapports de force proportionnés ? Ou de rester une grande zone de marché ouverte, attachée à des règles qu'elle est souvent seule à respecter, au risque d'un déclassement industriel au nom d'un multilatéralisme en déclin ?

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La présentation du projet par Stéphane Séjourné au siège de la Commission européenne à Bruxelles, le 4 mars 2026, marque ainsi un tournant potentiel pour l'avenir industriel du continent.