L'UE débat du 'Made in Europe' : protection industrielle ou protectionnisme ?
UE : le débat sur le 'Made in Europe' divise les pays membres

L'UE débat du 'Made in Europe' : protection industrielle ou protectionnisme ?

Le président français Emmanuel Macron a plaidé avec force pour la protection de l'industrie européenne, en défendant certains secteurs stratégiques comme les cleantechs, la chimie, l'acier, l'automobile ou la défense. Il a averti que sans cette mesure, les Européens en seront balayés. Bruxelles doit présenter la semaine prochaine ses propositions pour défendre le made in Europe, qui incluront une obligation de produire en Europe pour certaines entreprises bénéficiant de fonds publics. Cependant, la définition de cette préférence européenne est au cœur de vifs débats.

Un clivage entre protection et libéralisme économique

Emmanuel Macron insiste sur la nécessité de protéger notre industrie sans être protectionniste. Mais d'autres pays européens, au nom du libéralisme économique, expriment des réserves marquées. Le Premier ministre suédois Ulf Kristersson a notamment estimé : Nous devons être compétitifs grâce à la qualité de nos produits et à l'innovation, pas en essayant de protéger les marchés européens.

Malgré ces divergences, un consensus a peu à peu émergé au sein de l'UE en faveur d'une telle mesure, à condition qu'elle soit ciblée sur certains secteurs spécifiques et justifiée par la concurrence déloyale de la Chine ou d'autres pays. Les discussions au sommet européen sur la compétitivité en Belgique ont illustré cette évolution. Le ministre allemand des Finances, Lars Klingbeil, a justifié cette position : Nous sommes pour le libre-échange. Mais si la Chine change les règles du jeu, si nous sommes confrontés à la surcapacité, aux subventions et à la saturation des marchés européens, alors l'Europe doit se défendre.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Made in Europe ou Made with Europe ?

Le débat se cristallise autour de deux visions opposées :

  • Les partisans d'une préférence européenne stricte souhaitent qu'elle soit réservée aux biens industriels produits à partir de composants fabriqués dans l'Espace économique européen (UE, Norvège, Islande, Liechtenstein), et non juste à un assemblage dans l'UE de composants importés.
  • Les opposants à cette approche restrictive, comme le chancelier allemand, prônent une définition plus souple, favorable au Made with Europe plutôt qu'au Made in Europe.

Les arguments contre une définition trop stricte incluent :

  1. Des difficultés opérationnelles et un risque de déstabilisation des chaînes d'approvisionnement. Le constructeur japonais Honda a souligné qu'un véhicule assemblé en Europe intègre des centaines de composants spécialisés provenant du monde entier, et que certains éléments critiques ne peuvent pas être produits de façon viable en Europe en quantités suffisantes.
  2. Le risque d'alourdir les coûts de fabrication, pointé par des pays comme l'Allemagne et l'Italie, alors même qu'ils peinent à lutter contre les prix bas de concurrents étrangers, notamment chinois.
  3. La crainte de mesures de rétorsion des pays fournisseurs, qui pourraient entraîner l'Europe dans des bras de fer commerciaux, nuisant à ses exportations.

Le groupe Honda préconise d'élargir le Made in Europe aux composants de pays partageant les mêmes valeurs, ce qui soutiendrait les objectifs européens d'électrification et aiderait à rendre le secteur plus résilient. Le Royaume-Uni et la Turquie militent également dans ce sens.

Une mesure ciblée et progressive

La mesure sera triplement ciblée, selon l'entourage du commissaire européen Stéphane Séjourné :

  • Elle s'appliquera sur une part limitée de composants critiques.
  • Dans un nombre limité de secteurs stratégiques.
  • Uniquement quand des financements publics sont engagés.

Au final, seuls quelques secteurs jouant un rôle indispensable dans la transition écologique et subissant une concurrence chinoise jugée déloyale pourraient être concernés, notamment les équipements d'énergies renouvelables (panneaux solaires, éoliennes, batteries) et l'industrie automobile.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

L'entourage de Stéphane Séjourné précise : Les entreprises produisant en Europe seront considérées comme européennes, et des engagements réciproques seront pris auprès de nos partenaires de confiance, qui appliquent eux-mêmes déjà les mêmes règles, dans l'intérêt de nos chaînes de valeurs. Une version de travail des propositions de la Commission prévoit que les produits des États aux règles similaires à l'Europe seront assimilés à ceux fabriqués dans l'UE.

Cependant, la Commission n'a pas encore précisé les critères de désignation des partenaires de confiance, laissant les pays tiers dans l'expectative. De plus, les pourcentages de composants européens ou assimilés exigés des industriels pour bénéficier de commandes publiques ou de subventions restent à confirmer, ajoutant une incertitude supplémentaire à ce dossier complexe.