La France se tourne vers l'Europe pour ses défis économiques majeurs
Historiquement, la France a su tirer profit des subventions agricoles européennes avec un succès notable. Bien que ce modèle révèle ses limites depuis plusieurs années, une stratégie éprouvée reste difficile à abandonner : Emmanuel Macron fonde désormais ses espoirs sur les partenaires européens pour atténuer deux problèmes structurels majeurs de l'Hexagone, à savoir l'endettement excessif des finances publiques et la désindustrialisation persistante du territoire national.
Un plaidoyer européen malgré un affaiblissement politique interne
Peu découragé par son affaiblissement politique sur la scène nationale, qui entame considérablement sa crédibilité à l'international, le président de la République a exposé ses propositions dans une interview accordée lundi 9 février à plusieurs quotidiens européens. Il défend ardemment deux axes principaux : un accroissement massif de l'endettement communautaire au sein de l'Union européenne et la généralisation du principe de préférence européenne, résumé par le slogan percutant "Buy European".
La première proposition ambitionne de financer des investissements stratégiques que l'austérité budgétaire française rend actuellement inaccessibles. La seconde vise à combattre efficacement les délocalisations industrielles en privilégiant l'achat de produits à fort contenu européen. Ce mécanisme concernerait en priorité les commandes publiques, qui constituent un levier économique puissant : leur volume total dans les vingt-sept États membres de l'UE atteint approximativement 2 000 milliards d'euros chaque année.
Les eurobonds et l'influence de Mario Draghi
Concernant la création d'eurobonds, c'est-à-dire des titres d'emprunt émis par l'Union européenne elle-même, Emmanuel Macron invoque l'autorité de Mario Draghi, l'ancien président de la Banque centrale européenne. Dans son rapport publié en 2024, ce dernier recommandait de financer annuellement environ 800 milliards d'euros d'investissements publics et privés via l'emprunt commun. Cependant, le chef de l'État français augmente significativement la facture de 50 % et évoque le chiffre ambitieux de 1 200 milliards d'euros ! Sa justification principale repose sur l'accroissement substantiel des besoins dans les domaines de la défense et de la sécurité.
Des idées controversées qui gagnent du terrain
Le plaidoyer présidentiel a été soigneusement calibré pour influencer les discussions que les vingt-sept chefs d'État et de gouvernement doivent tenir jeudi 12 février, lors d'un séminaire de réflexion organisé dans un château de la province belge du Limbourg. Ils doivent débattre des moyens de restaurer la compétitivité de l'économie européenne face au dynamisme des deux autres mastodontes mondiaux, les États-Unis et la Chine.
Pour atteindre cet objectif, les chantiers les plus évidents – mentionnés par Mario Draghi ainsi que par Enrico Letta, auteur d'un autre rapport en 2024 sur le marché intérieur – portent sur la simplification administrative, la levée des barrières nationales entravant la fluidité des échanges de biens et services au sein de l'UE, la création d'un marché unifié des capitaux et l'élaboration d'un code européen du droit des affaires.
Présentées par Emmanuel Macron comme complémentaires, les propositions françaises visant à favoriser la préférence européenne et à développer l'endettement commun restent vivement contestées. Elles progressent néanmoins, profitant des chocs successifs que l'Union européenne a dû absorber ces dernières années. Le Brexit, l'épidémie de Covid-19, la guerre en Ukraine, le mercantilisme chinois et enfin la politique douanière agressive de Donald Trump ont contraint les partisans de la rigueur financière et de l'ouverture maximale des frontières à céder du terrain. L'Allemagne, par exemple, semble désormais s'ouvrir au principe de la préférence européenne, à condition qu'il soit strictement circonscrit à quelques domaines stratégiques bien délimités.
Une souveraineté européenne renforcée mais des réformes nationales manquantes
Emmanuel Macron rappelle dans son interview qu'il plaide depuis neuf ans pour une souveraineté européenne renforcée dans tous les domaines. Cependant, sa capacité à convaincre ses partenaires serait nettement plus forte si la France avait mené, sous sa présidence, les réformes structurelles indispensables pour maîtriser ses finances publiques et libéraliser son économie.
Le président reconnaît avec franchise : "Nous n'avons jamais réalisé de réformes comparables à celles entreprises dans les années 2010 au Portugal, en Espagne, en Italie ou en Grèce, et dont les dividendes arrivent à pleine maturité aujourd'hui". Il aurait grand besoin de tels dividendes pour donner du poids à ses discours. Mais après neuf années de pouvoir, avec des marges de manœuvre en politique intérieure réduites à néant, il est peut-être un peu tard pour en prendre pleinement conscience.