En Italie, l'extrême droite a fait sa révolution dans le septième art
Italie : l'extrême droite révolutionne le cinéma

En Italie, le septième art n'échappe pas à la vague de fond de l'extrême droite. Depuis l'arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni en 2022, le paysage cinématographique italien connaît une transformation profonde, marquée par des nominations controversées à la tête des institutions culturelles et une production accrue de films aux accents nationalistes et conservateurs. Cette révolution silencieuse, mais méthodique, interroge sur l'indépendance de l'art face au pouvoir politique.

Une mainmise sur les institutions

La première étape de cette conquête a été la prise de contrôle des organes de financement et de régulation du cinéma. Le ministère de la Culture, dirigé par un proche de Meloni, a nommé à des postes clés des personnalités issues de la mouvance nationaliste. La direction de la Mostra de Venise, l'un des festivals les plus prestigieux au monde, a été confiée à un réalisateur connu pour ses positions conservatrices. Parallèlement, les commissions chargées d'attribuer les subventions publiques ont été renouvelées, favorisant les projets alignés sur la ligne gouvernementale.

Ces changements ont un impact direct sur les productions. Les films abordant des thèmes comme l'immigration, les droits LGBTQ+ ou la mémoire de l'antifascisme peinent à obtenir des financements, tandis que les œuvres célébrant l'histoire nationale, la famille traditionnelle ou les valeurs chrétiennes sont largement soutenues. Selon des données officielles, le nombre de films subventionnés traitant de sujets identitaires a augmenté de 40 % en deux ans.

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Une nouvelle vague de films militants

Parallèlement à cette mainmise institutionnelle, une nouvelle génération de cinéastes d'extrême droite émerge, produisant des films qui rencontrent un succès certain auprès du public. Le film "Roma caput mundi", qui revisite l'histoire de l'Empire romain sous un angle nationaliste, a attiré plus de 2 millions de spectateurs. D'autres œuvres, comme "Sangue italiano" ou "La patria chiama", mêlent nostalgie coloniale et critique de l'immigration, suscitant des débats houleux dans la presse.

Ces films bénéficient d'une promotion active sur les réseaux sociaux par des influenceurs proches du gouvernement, et sont souvent projetés dans des salles appartenant à des chaînes liées à l'extrême droite. Le phénomène n'est pas isolé : il s'inscrit dans une stratégie plus large de conquête culturelle, comme le montre la multiplication des festivals de cinéma "alternatifs" organisés par des associations nationalistes.

Réactions et résistances

Face à cette offensive, le milieu cinématographique italien se divise. De nombreux réalisateurs et acteurs, parmi lesquels des figures internationalement reconnues comme Paolo Sorrentino ou Toni Servillo, ont signé des tribunes dénonçant une "dérive autoritaire" et appelant à la défense de la liberté artistique. Des collectifs se sont formés pour organiser des projections alternatives et soutenir les cinéastes marginalisés.

Cependant, la résistance est rendue difficile par la précarité du secteur. Beaucoup de professionnels craignent de perdre leurs subventions ou leur emploi s'ils s'opposent ouvertement au gouvernement. La situation est particulièrement tendue dans les écoles de cinéma, où les étudiants hésitent à aborder des sujets sensibles.

Un modèle qui fait débat

Cette transformation du cinéma italien interroge sur les limites de l'influence politique dans l'art. Si certains voient dans ce mouvement une simple alternance culturelle après des décennies de domination de la gauche, d'autres y perçoivent une menace pour la pluralité des voix. Le débat dépasse les frontières italiennes : en Europe, plusieurs pays observent avec attention cette expérience, craignant qu'elle ne fasse des émules.

Alors que la Mostra de Venise s'ouvre dans quelques mois, tous les regards seront tournés vers la sélection officielle. Les choix du nouveau directeur seront scrutés comme un baromètre de l'évolution du cinéma italien sous l'ère Meloni. Une chose est sûre : la révolution cinématographique de l'extrême droite est en marche, et ses effets se feront sentir pendant des années.

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