L'Islande se tourne vers l'Union européenne après les provocations américaines
Un phénomène géopolitique inattendu agite l'océan Atlantique depuis le début de l'année : les îles nordiques, et particulièrement l'Islande, se rapprochent symboliquement de l'Europe continentale. Cette dynamique s'explique en grande partie par une volonté de s'éloigner des positions imprévisibles de la Maison-Blanche et de son locataire actuel, Donald Trump.
Des menaces qui provoquent un rapprochement européen
En janvier dernier, les déclarations de Donald Trump évoquant une possible invasion du Groenland ont créé un choc dans toute la région nordique. Cette menace a paradoxalement rapproché les habitants du Groenland de leurs concitoyens danois, tout en semant l'inquiétude chez leurs voisins islandais. La situation s'est encore tendue lorsque l'ambassadeur américain à Reykjavik a lancé une boutade malvenue, affirmant que "l'Islande sera bientôt le 52e État américain". Cette remarque a déclenché une véritable crise existentielle sur cette terre de feu et de glace.
Dépourvue d'armée et dépendante traditionnellement de la protection américaine, l'Islande se sent désormais vulnérable et isolée au milieu d'un océan de tensions géopolitiques croissantes. Face à cette nouvelle donne, le gouvernement islandais a décidé de réagir de manière décisive.
Un référendum historique programmé pour août
Le gouvernement de coalition islandais propose aux citoyens de se prononcer dès le mois d'août prochain lors d'un référendum crucial. L'objet du scrutin : la reprise des négociations d'adhésion à l'Union européenne, que l'Islande avait suspendues en 2015. Ce vote, qui devrait être validé prochainement par le Parlement, représente un tournant majeur pour cette île de 400 000 habitants.
Selon les sondages actuels, assez serrés, le "oui" pourrait l'emporter. La ministre des Affaires étrangères, Thorgerdur Katrin Gunnarsdóttir, s'est montrée optimiste en déclarant que "le processus sera très rapide", tablant sur une adhésion effective dans un délai d'environ dix-huit mois.
Un processus d'adhésion potentiellement accéléré
Pia Hansson, directrice de l'Institut des affaires internationales à l'Université d'Islande, tempère cependant cet enthousiasme : "C'est un peu optimiste mais il est vrai que l'Islande a déjà rempli plusieurs chapitres pour rejoindre l'UE avant de se retirer des négociations d'adhésion en 2015. La procédure devrait donc être relativement rapide. Il faudra tout de même relancer toute la machine, avec notre corps diplomatique réduit, ce qui représente un énorme travail. Il faudra sans doute ajouter quelques mois à cette prévision."
L'Islande, déjà membre de l'espace Schengen et de l'OTAN, devra principalement trouver des compromis sur la question sensible de la pêche pour progresser vers les Vingt-Sept. Ce secteur économique vital pour l'île constituera probablement le principal point de friction lors des négociations.
Ce référendum d'août s'annonce donc comme un moment décisif non seulement pour l'avenir de l'Islande, mais aussi pour l'équilibre géopolitique de toute la région nord-atlantique. Le résultat pourrait redessiner les alliances dans une zone stratégique de plus en plus convoitée.



