Un séminaire européen sans miracle mais avec des avancées concrètes
Personne ne s'attendait à des miracles lors du séminaire des dirigeants européens qui s'est tenu ce jeudi 12 février au château d'Alden Biesen, en Belgique flamande. L'ambiance s'est toutefois nettement améliorée entre la France et l'Allemagne, avec Emmanuel Macron et le chancelier allemand Friedrich Merz qui ont choisi de présenter un front commun devant les médias pour apaiser les tensions récentes.
La Commission européenne chargée de préparer le Conseil de mars
La Commission européenne s'est vue confier la mission de préparer activement le prochain Conseil européen des 19 et 20 mars. C'est à cette occasion que seront prises les décisions sur les sujets les plus sensibles : le système d'échange de quotas d'émission (ETS), le financement de la compétitivité européenne, et la protection de certains secteurs stratégiques contre la concurrence déloyale.
« Nous transformerons les résultats de la discussion d'aujourd'hui en engagements concrets avec des échéances lors du Conseil européen de mars », a promis le président du Conseil européen António Costa. La présidente de la Commission Ursula von der Leyen présentera quant à elle une feuille de route détaillée avec un calendrier précis à respecter.
Des promesses qui rappellent des engagements antérieurs
Certaines annonces ont un parfum de déjà-vu, notamment concernant la simplification administrative. L'Union européenne doit encore achever l'adoption des dix trains de mesures omnibus qui devraient générer 15 milliards d'euros d'économies annuelles. À ce jour, seulement trois de ces paquets législatifs ont été adoptés par le Parlement européen et le Conseil.
Le nettoyage doit également se faire du côté des États membres, où la surréglementation entrave parfois les affaires dans le but d'évincer la concurrence européenne. Les entrepreneurs attendent depuis des années le 28e régime des sociétés – EU Inc – qui permettrait la création d'une entreprise en 48 heures avec un ensemble unique de règles valable dans toute l'Union.
Les quatre piliers de la réforme de la compétitivité
Le séminaire a identifié quatre axes majeurs pour renforcer la compétitivité européenne :
- La simplification administrative avec l'achèvement des trains de mesures omnibus
- L'union de l'épargne et de l'investissement à finaliser d'ici juin, avec possibilité de coopération renforcée entre pays volontaires en cas de blocage
- Le marché énergétique unique et la question cruciale des prix de l'électricité
- La préférence européenne dans les secteurs stratégiques via une loi d'accélération industrielle
Le marché de l'électricité au cœur des préoccupations
Le marché énergétique unique représente un défi majeur pour l'Europe, qui souffre d'un manque d'infrastructures entre États membres. De nombreux dirigeants ont souligné le problème du coût de l'énergie qui pèse lourdement sur les industries européennes.
La question brûlante du système de fixation des prix de l'électricité a été ouvertement débattue. « Les renouvelables coûtent 34 euros le mégawattheure, le nucléaire 50 à 60 euros, et le gaz 100 euros », a rappelé Ursula von der Leyen. La discussion porte sur le système de merit order qui prend la ressource la plus chère comme référence pour fixer les prix.
Le marché carbone divise profondément les États membres
Le système d'échange de quotas d'émission (ETS) a fait l'objet de vives discussions, révélant des positions irréconciliables. Certains dirigeants de l'Est, comme le Tchèque Andrej Babis et l'Autrichien Christian Stocker, réclament une suspension ou une révision drastique du système, dénonçant des quotas trop élevés.
À l'inverse, Friedrich Merz et Emmanuel Macron défendent le maintien de l'ETS avec des ajustements. « Ce serait une erreur stratégique de dire que la compétitivité suppose d'abandonner le climat », a déclaré le président français, tout en reconnaissant que les prix actuels pèsent sur certaines économies.
Le fossé budgétaire franco-allemand reste béant
Sur la question du financement, les positions française et allemande apparaissent toujours inconciliables. Emmanuel Macron a évoqué la possibilité d'eurobonds, tandis que Friedrich Merz a fermement rappelé les limites imposées par la Cour constitutionnelle allemande.
La discussion budgétaire, marginale lors de ce séminaire, reprendra lors du prochain Conseil européen de mars en vue de la négociation du budget européen 2028-2034.
Un mécanisme de suivi pour garantir la mise en œuvre
Pour éviter que ces engagements ne restent lettre morte, un « document vivant » de suivi sera mis en place. Cet outil permettra de situer exactement l'avancement de chaque dossier. « Les dirigeants vérifieront régulièrement les progrès pour livrer ce marché unique fin 2027 », a promis António Costa.
Le séminaire d'Alden Biesen a donc permis des avancées concrètes sur la préparation des décisions à venir, tout en confirmant que les sujets les plus sensibles – marché carbone, financement, énergie – nécessiteront encore de longues négociations lors du prochain Conseil européen en mars.



