Une secrétaire d’État britannique a présenté ce mardi sa démission pour pousser Keir Starmer à quitter son poste, une première pour un membre du gouvernement, mais le Premier ministre a indiqué « vouloir continuer à gouverner ».
Pression croissante sur Keir Starmer
La pression sur le dirigeant travailliste n’a fait que s’accroître depuis son discours de lundi censé relancer son mandat, après des élections locales désastreuses pour le Labour jeudi dernier. Selon un décompte des médias britanniques, au moins 72 députés travaillistes l’appellent à quitter ses fonctions ou à fixer un calendrier pour son départ.
« Je vous exhorte à faire ce qu’il faut pour le pays et pour le parti et à établir un calendrier pour une transition ordonnée pour qu’une nouvelle équipe puisse mener les changements que nous avons promis pour le pays », a déclaré la secrétaire d’État Miatta Fahnbulleh dans sa lettre de démission, publiée sur X.
Starmer veut continuer à gouverner
Keir Starmer a cependant indiqué à ses ministres, réunis à Downing Street, qu’il voulait « continuer à gouverner », selon un communiqué du gouvernement. « Le pays attend de nous que nous continuions à gouverner. C’est ce que je fais et ce que nous devons faire en tant que gouvernement », a-t-il déclaré. « Le Parti travailliste dispose d’une procédure pour contester la direction du parti mais celle-ci n’a pas été enclenchée », a-t-il fait valoir. Une telle procédure requiert en effet qu’un candidat se déclare formellement et qu’il obtienne le soutien de 81 députés (20 % du groupe parlementaire).
Soutiens discrets mais présents
Le Premier ministre peut ainsi compter sur le soutien du vice-Premier ministre et ministre de la Justice David Lammy ainsi que du ministre du Commerce, Jonathan Reynolds, selon Sky News. Le ministre du Travail, Pat McFadden, l’a quant à lui encouragé à « continuer à se battre ».
« Ces dernières 48 heures ont été source d’instabilité pour le gouvernement, ce qui a un coût économique réel pour notre pays et pour les familles », a argumenté Keir Starmer. Ce contexte d’incertitude politique a des conséquences concrètes : les taux d’intérêt des emprunts d’État ont atteint mardi un plus haut à 5,797 %, dépassant son sommet de la semaine dernière et retrouvant des niveaux inédits depuis 1998.
Beaucoup de responsables travaillistes souhaitent éviter de reproduire une situation comparable à celle de 2022, lorsque les conservateurs avaient enchaîné trois Premiers ministres en seulement quatre mois.
Popularité en chute libre
La popularité du dirigeant travailliste de 63 ans s’est effondrée depuis son arrivée au pouvoir à l’issue de la large victoire du Labour aux élections législatives de 2024, qui a mis fin à 14 ans de gouvernements conservateurs. Ses détracteurs mettent en avant ses multiples faux pas, revirements et polémiques, notamment le scandale autour de la nomination comme ambassadeur à Washington de la figure travailliste contestée Peter Mandelson.
Le mécontentement au sein de son parti est encore monté après les élections locales de jeudi dernier. Le Labour a perdu du terrain face au parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage jusque dans ses bastions du nord populaire de l’Angleterre et du pays de Galles. Et les Verts, plus à gauche, lui ont pris des voix à Londres.
Qui pourrait remplacer Starmer ?
Un éventuel départ de Keir Starmer n’entraînerait pas d’élections législatives mais son remplacement par une autre figure du Labour. Les médias britanniques évoquent plusieurs noms depuis des semaines. Celui de Wes Streeting, l’actuel ministre de la Santé, apparaît comme l’option la plus simple puisque Streeting, 43 ans, est élu à la chambre des Communes, condition sine qua non pour pouvoir être chef du gouvernement.
Un sérieux prétendant est Andy Burnham, 56 ans, maire de l’agglomération de Manchester et personnalité travailliste la plus populaire selon les sondages. Mais il ne peut pas se présenter faute de siège au Parlement. L’organisation d’une élection pourrait prendre plusieurs mois et impliquerait qu’un député d’une circonscription « sûre » démissionne pour lui laisser la place. Le nom de l’ancienne vice-Première ministre Angela Rayner, 46 ans, est aussi régulièrement évoqué dans la presse.



