Pour la première fois depuis la conférence de Potsdam en 1945, un chef d'État soviétique participe cette semaine à une conférence internationale tenue hors d'URSS. Arrivé mardi dernier à Varsovie, le maréchal Boulganine préside dans la capitale polonaise la rencontre des dirigeants des sept démocraties populaires, en présence d'observateurs chinois. L'objectif de cette conférence solennelle est la création d'une organisation militaire commune à tout le bloc oriental, réplique soviétique à l'OTAN. Le nom en est déjà choisi : il s'agira du « Commandement des forces unifiées du camp démocratique ».
Quel est le sens de cette réunion ?
Depuis longtemps, les forces militaires du « Camp démocratique » sont unifiées au point de ne former qu'une seule et même armée contrôlée par Moscou. Si les dirigeants soviétiques ont soudainement décidé de leur octroyer en grande pompe un statut juridique, c'est évidemment pour des raisons politiques. Plusieurs motifs peuvent expliquer cette décision.
Les raisons politiques derrière le Pacte
Premièrement, avec la conclusion du traité autrichien, la Russie perd officiellement le droit de maintenir ses propres troupes dans plusieurs démocraties populaires. La réunion de Varsovie lui fournit à cet égard un prétexte nouveau et durable pour justifier la présence militaire soviétique.
Deuxièmement, en Allemagne orientale, l'armée — qui compte plusieurs divisions — est camouflée en forces de police et de sécurité. Les accords de Varsovie vont permettre à ces troupes de constituer le noyau militaire de la « République démocratique allemande ».
Troisièmement, lors d'une éventuelle conférence des Quatre, les Russes ne pourront réclamer le démantèlement de l'Union Européenne Occidentale (UEO) qui vient d'être créée que s'ils proposent une monnaie d'échange. Celle-ci pourrait être le fameux « Commandement unique du camp démocratique ».



