À Chypre, la cohabitation entre les communautés libanaise, israélienne, ukrainienne et russe est devenue un défi quotidien. L'île méditerranéenne, traditionnellement un havre de paix, voit désormais ses rues et ses places refléter les conflits qui déchirent leurs pays d'origine.
Des communautés soudées mais divisées
Les quartiers de Limassol et de Larnaca abritent des milliers de résidents issus de ces nationalités. Selon un recensement officiel de 2025, environ 15 000 Libanais, 12 000 Israéliens, 10 000 Ukrainiens et 8 000 Russes vivent à Chypre. Ces chiffres ne cessent d'augmenter, attirés par la stabilité économique et le climat.
« Nous nous croisons dans les supermarchés, mais les échanges sont rares », témoigne Maria, une Ukrainienne de 34 ans installée depuis trois ans. « Chaque groupe reste entre soi, par peur des réactions. »
Les tensions s'invitent dans la vie quotidienne
Les rivalités politiques se manifestent parfois ouvertement. En mai 2026, une altercation a éclaté dans un bar de Limassol entre des ressortissants israéliens et libanais, nécessitant l'intervention de la police. « Ce sont des incidents isolés, mais ils montrent que les blessures sont vives », explique un responsable local.
Les écoles chypriotes tentent de promouvoir le dialogue. « Nous organisons des ateliers interculturels, mais c'est difficile », confie Elena Papadopoulos, directrice d'une école primaire à Nicosie. « Les enfants reproduisent parfois les discours de leurs parents. »
Un enjeu économique et social
Ces communautés contribuent significativement à l'économie locale. Les entrepreneurs libanais et israéliens ont investi dans l'immobilier et le tourisme, tandis que les Ukrainiens et les Russes sont nombreux dans les secteurs des services et de la technologie.
« Sans eux, notre économie souffrirait », reconnaît Andreas Christou, président de la Chambre de commerce de Limassol. « Mais il faut gérer les sensibilités. » Le gouvernement chypriote a lancé en juin 2026 une campagne de sensibilisation intitulée « Chypre, île de paix », visant à apaiser les tensions.
Des perspectives d'avenir incertaines
La question de l'intégration reste posée. Alors que certains jeunes de ces communautés se mélangent davantage, les générations plus âgées restent méfiantes. « Je ne pense pas que mes enfants épouseront un Israélien », confie Ali, un Libanais de 52 ans. « Les plaies sont trop profondes. »
L'île espère que le temps et les efforts de dialogue permettront une meilleure coexistence. Mais dans l'immédiat, Chypre reste un microcosme des fractures mondiales.



