La Chine post-maoïste : l'autoritarisme, une continuité depuis Deng Xiaoping selon Minxin Pei
Chine : l'autoritarisme, une continuité depuis Deng Xiaoping

La Chine post-maoïste : l'autoritarisme, une continuité depuis Deng Xiaoping selon Minxin Pei

Quiconque s'intéresse à la Chine contemporaine est naturellement tenté d'opposer l'ouverture économique impulsée par Deng Xiaoping au retour à l'autoritarisme sous Xi Jinping. La première période incarne l'entrée dans le commerce mondial et la libéralisation progressive de l'économie d'un pays dévasté par la Révolution culturelle. La seconde, par contraste, peine à soutenir la comparaison. Il est séduisant d'y voir la régression d'un régime renouant avec ses vieux démons. Une lecture binaire pourtant trompeuse, selon le politologue Minxin Pei, auteur de The Broken China Dream.

Le ver était dans le fruit dès les réformes de Deng Xiaoping

Dans cet ouvrage passionnant, ce professeur au Claremont McKenna College montre que le tournant autoritaire n'a rien d'un accident de parcours. Pis : le ver était dans le fruit. Dès les réformes engagées par Deng Xiaoping, la priorité du régime était de préserver le rôle du Parti communiste chinois (PCC) et de sauver les institutions clés du totalitarisme. À rebours de ceux qui voient dans la Chine l'inquiétante montée en puissance d'un contre-modèle aux démocraties libérales occidentales, le chercheur décrit un système économique à bout de souffle, miné par ses inefficacités et le gaspillage de ressources. Au point d'affirmer que l'ère du miracle économique chinois "est désormais révolue".

Une fenêtre étroite pour la démocratisation refermée en 1989

Entre la mort de Mao Zedong en 1976 et le massacre de Tiananmen en 1989, il y aurait eu une étroite fenêtre pour que la Chine s'engage dans une trajectoire plus libérale et démocratique. Minxin Pei explique : "Dans les années 1980, certains réformistes au sein du Parti communiste chinois souhaitaient sincèrement voir leur pays adopter un modèle démocratique et libéral. Malheureusement, ces changements n'ont pas été poussés assez loin." L'année 1989 a marqué un coup d'arrêt à ce mouvement de réformes, avec la purge de tous les éléments libéraux du Parti, préparant le terrain à l'ascension d'un dirigeant comme Xi Jinping.

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L'objectif premier : sauver le Parti communiste

Deng Xiaoping n'est-il pas à l'origine de la libéralisation de l'économie chinoise et de son ouverture à la mondialisation ? Selon Minxin Pei, ces années sont surtout celles du sauvetage des institutions clés du totalitarisme chinois. "Il faut restituer le contexte. Dans les années 1980, Deng Xiaoping et les dirigeants les plus conservateurs du Parti étaient en profond désaccord avec l'orientation de la politique économique." Tout change en 1991 avec l'effondrement de l'Union soviétique, qui modifie l'état d'esprit du PCC, pour qui le plus important était de maintenir le Parti au pouvoir.

Deng Xiaoping soutint alors que le pays pouvait échapper à un sort similaire, à condition de réussir sa politique économique. Il entreprit en 1992 sa fameuse tournée d'inspection dans le Sud pour relancer et accélérer les réformes économiques. Mais pour Deng Xiaoping et son entourage, il ne s'agissait nullement d'embrasser pleinement le capitalisme. Dès mars 1979, il a formulé les célèbres "quatre principes cardinaux" incluant la garantie de la direction du Parti communiste. L'objectif était avant tout de sauver le Parti communiste en s'appuyant sur la "légitimité par la performance". La modernisation économique a produit des effets positifs, mais n'a jamais rien changé au cœur du système politique.

L'émergence du modèle "néo-autoritaire" puis "néo-totalitaire"

Ce "nouvel autoritarisme" existait déjà en Asie de l'Est, séduisant Deng Xiaoping et le PCC. Après la tournée du Sud de 1992, la Chine a adopté pleinement cette approche, mais à une échelle bien plus vaste. L'ancien président Jiang Zemin a donné corps au système en mettant en place des politiques permettant de consolider le régime autoritaire renouvelé. Cette stratégie s'est avérée payante, comme en témoigne l'entrée du pays dans l'Organisation mondiale du commerce en 2001.

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Mais le PCC n'avait jamais vraiment résolu la question de la transmission du pouvoir. À la fin des années 2000, l'unité des élites s'était fissurée. Xi Jinping, perçu comme relativement faible, faisait figure de candidat du compromis. Son arrivée au pouvoir tenait presque du hasard. Autre facteur ayant facilité son ascension : le Parti était gangrené par une corruption massive. Xi Jinping s'est appuyé sur ce contexte pour asseoir son pouvoir, transformant la lutte anticorruption en instrument politique.

Progressivement, Xi Jinping a pu adopter un mode de gouvernement de plus en plus totalitaire. Minxin Pei parle de "néo-totalitarisme" : "Si vous regardez le régime de Xi Jinping, vous retrouvez un certain nombre de ces caractéristiques : des purges au sommet de l'appareil, une politique étrangère de plus en plus affirmée, un durcissement du contrôle social, une insistance accrue sur l'idéologie, et un culte de la personnalité." La Chine d'aujourd'hui ressemble davantage aux périodes maoïste ou stalinienne que la Chine des années 1990.

La fin du "miracle économique chinois"

Lorsqu'on évoque le "miracle économique chinois", on pense généralement à la période 1992-2012. Mais si l'on regarde de plus près, on se rend compte que l'essentiel des réformes a été accompli dans les années 1990. Si la croissance a continué pendant les années 2000, c'est en raison de son adhésion à l'OMC. Le boom était tel que les autorités se sont persuadées qu'elles pouvaient se permettre de ralentir l'élan réformateur. C'était une erreur.

Après la crise financière mondiale de 2008, les autorités chinoises ont alimenté deux bulles étroitement liées : celle du crédit et une bulle immobilière gigantesque. Si ces deux bulles ont soutenu la croissance jusque sous Xi Jinping, elles ont montré des premiers signes d'épuisement pendant la pandémie. Aujourd'hui, la Chine se retrouve dans une impasse.

Les quatre piliers du miracle – réformes économiques, de plutôt bonnes relations extérieures, une démographie avantageuse et un secteur privé dynamique – ne sont plus réunis aujourd'hui. Minxin Pei est catégorique : "L'ère du 'miracle économique' est donc désormais révolue." Lorsque Xi Jinping est arrivé au pouvoir, la croissance avoisinait encore les 9 %. Aujourd'hui, les chiffres officiels évoquent 5 %, mais la réalité est probablement inférieure.

Un modèle inefficace et gaspilleur

En Europe, nombreux sont ceux qui voient dans la Chine un contre-modèle inquiétant. Pour certains, elle serait la preuve que l'ouverture au capitalisme et à la mondialisation, même sans démocratisation, peut très bien fonctionner. Minxin Pei tempère : "Il est vrai que dans certains secteurs, ce modèle peut produire des résultats spectaculaires. Mais il faut regarder l'ensemble du tableau." Les Chinois peuvent-ils prendre leur retraite en toute sécurité ? Bénéficient-ils d'un système de santé performant ?

L'autre problème du modèle néo-autoritaire, c'est le gaspillage. L'ampleur des ressources dilapidées en Chine serait difficilement acceptable en Europe. D'après plusieurs analyses, la majorité des lignes chinoises de train à grande vitesse seraient déficitaires. Ce gaspillage est aussi très visible dans le secteur des véhicules électriques. La Chine compte environ 200 constructeurs, alors qu'une dizaine suffirait sans doute, et nombre d'entre eux perdent de l'argent.

Derrière la vitrine des réussites affichées, on trouve beaucoup de gaspillage et d'inefficience. Raison pour laquelle il ne faut pas juger les réussites économiques de la Chine uniquement sur les entreprises emblématiques comme BYD, Xiaomi ou Huawei. Le système dans son ensemble montre des signes d'essoufflement profond, selon l'analyse de Minxin Pei, qui remet en cause la vision binaire d'une Chine passée de l'ouverture à la fermeture, soulignant plutôt une continuité autoritaire depuis Deng Xiaoping.