Un blocus prolongé comme nouvelle stratégie américaine
Selon le Wall Street Journal, Donald Trump a demandé à ses conseillers de préparer un "blocus prolongé" de l'Iran, centré sur le détroit d'Ormuz. L'objectif est de maintenir une pression économique maximale sur la République islamique en limitant drastiquement ses exportations de pétrole et ses flux commerciaux, afin de forcer Téhéran à renoncer à son programme nucléaire.
Lors de réunions récentes à la Maison-Blanche, dont une session lundi dans la Situation Room, le président américain a privilégié cette option de blocus à une reprise des bombardements ou à un retrait du conflit, jugés plus risqués, selon des responsables américains cités par le WSJ. Cette stratégie repose sur l'idée d'un étranglement progressif de l'économie iranienne, en empêchant les navires d'entrer et de sortir des ports du pays. Sur Truth Social, Donald Trump a affirmé que le blocus poussait l'Iran vers un "état d'effondrement", une formule qui illustre sa volonté de maintenir le cap malgré les risques économiques et diplomatiques.
Les prix du pétrole au plus haut depuis 4 ans
Les conséquences de cette politique se font déjà sentir. Ces derniers jours, la réduction du trafic maritime dans le détroit d'Ormuz à son niveau le plus bas depuis le début du conflit a provoqué une hausse spectaculaire des prix de l'énergie. Ce jeudi 30 avril au matin, les dernières déclarations de Donald Trump ont entraîné un nouvel envol des cours du pétrole. Le baril de Brent de la mer du Nord, référence mondiale, a atteint 125 dollars, en hausse d'environ 7 %. Il s'agit de la neuvième séance consécutive de hausse, à des niveaux inédits depuis mi-2022 et l'invasion russe de l'Ukraine.
Ces prix ont doublé par rapport à leur niveau d'avant l'attaque lancée par les États-Unis et Israël contre l'Iran le 28 février, un conflit qui a fait des milliers de morts en Iran et au Liban. Si un cessez-le-feu est en vigueur depuis le 8 avril, le détroit d'Ormuz, par lequel transitait auparavant un cinquième des hydrocarbures mondiaux, reste soumis à un double blocus iranien et américain. Selon l'amiral Brad Cooper, commandant américain pour le Moyen-Orient, 42 navires ont déjà été interceptés alors qu'ils tentaient de "violer le blocus", tandis que 41 pétroliers seraient bloqués en Iran sans possibilité de quitter les ports du pays.
Une stratégie qui divise jusque dans son camp
Mais cette stratégie divise au sein même de l'entourage de Donald Trump. De rares alliés politiques, dont le sénateur Lindsey Graham, soutiennent une ligne dure et appellent à "maintenir la pression sur Téhéran", estimant que tout assouplissement affaiblirait la position américaine face à l'Iran. À l'inverse, nombreux sont les responsables économiques et des conseillers proches du président à alerter en coulisse sur le risque d'un choc énergétique mondial si le détroit d'Ormuz venait à être durablement perturbé, avec des conséquences potentielles sur les prix du pétrole et les perspectives électorales républicaines à l'approche des midterms.
Dans ce contexte, le Wall Street Journal souligne que l'absence de voie de sortie claire alimente l'idée d'un conflit appelé à durer sans issue rapide. "Le conflit de huit semaines se terminera probablement sans accord nucléaire ni reprise de la guerre", estime le journal américain. La publication par le site Axios d'un article indiquant que Donald Trump devait recevoir ce jeudi un briefing militaire sur d'éventuelles nouvelles options d'action contre l'Iran a par ailleurs ravivé les tensions sur les marchés de l'énergie. Cette perspective d'escalade a accentué la nervosité des investisseurs, déjà sensibles à toute évolution autour du détroit d'Ormuz.
Donald Trump assume sa stratégie
Donald Trump assume toutefois cette stratégie de pression maximale sur le moyen terme. "Le blocus est un peu plus efficace que les bombardements. Ils étouffent comme un cochon farci. Et ça va être pire pour eux. Ils ne peuvent pas avoir d'arme nucléaire", a-t-il déclaré au site Axios. Les négociations diplomatiques, elles, restent bloquées, Téhéran réclamant un assouplissement des sanctions tandis que Washington maintient ses exigences sur le nucléaire.



