Une déclaration polémique du Premier ministre belge sur les relations avec la Russie
C'est une prise de position qui a immédiatement suscité de vives réactions. Samedi 14 mars, dans une interview accordée au journal L'Écho, le Premier ministre belge Bart De Wever a ouvertement suggéré que l'Union européenne devrait chercher à conclure un accord avec la Russie. "Nous perdons sur tous les fronts, nous devons mettre fin au conflit dans l'intérêt de l'Europe", a affirmé le dirigeant nationaliste flamand. Il a poursuivi en expliquant : "Il faut se réarmer et remilitariser la frontière. Dans le même temps, on doit normaliser les relations avec la Russie, regagner l’accès à l’énergie bon marché".
Des divisions profondes au sein de l'Union européenne
Cette proposition intervient alors que l'Union européenne reste profondément divisée sur la question des relations avec Moscou. D'un côté, le président français Emmanuel Macron, la Première ministre italienne Giorgia Meloni et le Premier ministre hongrois Viktor Orban ont récemment plaidé pour des discussions directes avec la Russie. De l'autre, la Pologne et les trois États baltes s'y opposent avec fermeté. Bart De Wever a néanmoins insisté : "En privé, les dirigeants européens sont d'accord avec moi, mais personne n'ose le dire à voix haute. Nous devons mettre fin au conflit dans l'intérêt de l'Europe, sans être naïfs à l'égard de Poutine".
Il est important de noter que les appels de la France et de l'Italie concernent principalement des pourparlers pour mettre un terme à la guerre en Ukraine, et non pour rétablir l'accès aux énergies russes. D'ailleurs, fin décembre, les Vingt-Sept ont trouvé un consensus pour l'élimination progressive de tout le gaz russe d'ici novembre 2027, et ont réitéré leur objectif de cesser les importations de pétrole russe d'ici la fin de la même année.
La position ferme de la Commission européenne
La cheffe de la politique étrangère de l'UE, Kaja Kallas, a réaffirmé avec force ce mardi 17 mars l'absence de volonté des Vingt-Sept de conclure des accords énergétiques avec la Russie, malgré la hausse des prix liée à la guerre en Iran. "Lorsque nous parlons à la Russie, bien sûr, la chose la plus importante est d'être d'accord sur ce dont nous voulons leur parler", a-t-elle déclaré dans une interview avec l'agence Reuters. Elle a ajouté : "Parce que si nous reprenons simplement le cours normal des choses, nous aurons davantage de guerres. Nous avons déjà vu cela. Nous devons donc être très vigilants et ne pas donner à la Russie ce qu'elle veut, car leur appétit ne fera que croître".
Un tollé jusqu'au sein du gouvernement belge
Si la déclaration de Bart De Wever a provoqué des réactions jusqu'à la Commission européenne, elle a également déclenché une controverse majeure en Belgique, y compris au sein de son propre gouvernement. Dès dimanche soir, son ministre des Affaires étrangères, Maxime Prévot, a rappelé que "la Russie refuse d'autoriser la participation européenne à la table des négociations. Elle s'en tient aux exigences maximalistes". Membre du parti centriste Les Engagés, en coalition avec Bart De Wever, le ministre a souligné que "tant que cela durera, parler de normalisation sera perçu comme un signe de faiblesse qui sapera l'unité européenne, dont nous avons plus que jamais besoin".
Dans la majorité, le président du parti Vooruit, Conner Rousseau, s'est également exprimé avec véhémence : il a catégoriquement rejeté l'idée d'aller "supplier Poutine pour de l’énergie bon marché". "Tout le monde sait que Poutine n'est pas fiable, que l'on ne peut pas conclure des accords avec cet homme-là", a-t-il insisté.
Bart De Wever contraint de revenir sur ses propos
Face à cette vague de protestations, Bart De Wever a été obligé de clarifier sa position dès le lundi. "Je ne défends pas une autre ligne que mon gouvernement. C’est l’évidence même que l’on ne peut pas parler de normaliser les relations tant qu’il y a une guerre d’agression contre l'Ukraine. Je parle d’une hypothèse, après la guerre, après un accord de paix qui est acceptable pour l’Ukraine et pour l'Europe", a-t-il déclaré.
La RTBF a qualifié cette manœuvre de "damage control pour Bart De Wever, qui se voit obligé de se recadrer lui-même". La chaîne publique belge rappelle que ce n'est pas la première fois que le dirigeant se met en désaccord avec une majorité de dirigeants de l'UE. En effet, le Premier ministre belge avait joué un rôle déterminant dans le blocage de l'utilisation par l'UE des actifs gelés de la Russie pour aider l'Ukraine, arguant que la Belgique pourrait être exposée à des risques financiers en cas de poursuites judiciaires.



