Une décision judiciaire qui tombe à point nommé pour l'AfD
C'est dans une ambiance de liesse que les députés de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) ont accueilli la décision du tribunal administratif de Cologne. Jeudi, la juridiction a refusé de classer, « pour le moment », cette formation politique comme un parti « extrémiste avéré » de droite. Les élus, brandissant des drapeaux aux couleurs nationales noir, rouge et or, se sont embrassés avec des visages radieux, célébrant ce qu'ils considèrent comme une victoire majeure.
Une victoire pour la démocratie selon l'AfD
Alice Weidel, co-cheffe et figure emblématique du premier parti d'opposition au Bundestag, n'a pas caché sa jubilation. « Une grande victoire non seulement pour l'AfD, mais aussi pour la démocratie et l'État de droit », a-t-elle déclaré, estimant que le tribunal avait « mis indirectement un frein aux partisans fanatiques de l'interdiction ». Sur les réseaux sociaux du parti, les messages triomphalistes se sont multipliés : « Une lueur d'espoir ! », « 1 à 0 ! », « Génial ! ».
Cette décision intervient après que l'Office fédéral de protection de la Constitution, le service de renseignement intérieur allemand, avait décidé en mai dernier d'apposer cette étiquette à l'AfD. Cette classification devait justifier une intensification de la surveillance policière, permettant notamment l'interception des communications privées des membres du parti. Pour les opposants à l'AfD, cette mesure représentait un premier pas vers une interdiction pure et simple de la formation.
Un contexte électoral favorable
La direction de l'AfD, outrée par cette classification, avait immédiatement porté plainte. L'Office de protection de la Constitution avait ensuite suspendu sa mesure dans l'attente d'une décision de justice en référé. Le tribunal administratif de Cologne a donc désavoué l'office jeudi, tout en précisant qu'un jugement de fond devra être rendu ultérieurement. Dans son verdict, la juridiction a reconnu l'existence de « courants hostiles à la Constitution au sein du parti », mais a estimé que ceux-ci n'étaient pas représentatifs du parti « dans son ensemble ».
Cette décision arrive à point nommé pour l'AfD, alors que le parti est embourbé dans plusieurs affaires de népotisme et que l'Allemagne s'apprête à vivre une série de scrutins régionaux importants. Le 8 mai auront lieu les élections du Bade-Wurtemberg, suivies le 22 mai de celles de la Rhénanie-Palatinat. Si dans ces deux Länder de l'ouest, l'AfD ne devrait pas menacer la domination des partis traditionnels, la situation est radicalement différente dans les régions de l'ex-RDA.
La Saxe-Anhalt, bastion de l'AfD
Les scrutins de Saxe-Anhalt et du Mecklembourg-Poméranie-Orientale, prévus cet automne, sont particulièrement attendus. En Saxe-Anhalt, l'AfD a de réelles chances d'arriver en tête et de nommer le ministre-président, ce qui constituerait une première dans l'histoire allemande d'après-guerre. Dans ce Land de l'ancienne RDA, le parti populiste de droite distance largement la CDU du chancelier Friedrich Merz dans tous les sondages.
Depuis des mois, avec une constance remarquable, l'AfD y est créditée de près de 40 % des suffrages, soit le double de son score aux régionales de 2021 (19,6 %). Cette progression spectaculaire fait de la Saxe-Anhalt le principal bastion des populistes de droite en Allemagne, la fédération locale étant considérée comme l'une des plus radicales du pays.
Le débat sur la collaboration avec l'extrême droite
À Berlin, le chancelier Merz ne cesse de réaffirmer sa ligne rouge : aucune coopération ni alliance de quelque nature que ce soit avec l'AfD. Le débat sur le « Brandmauer », ce mur pare-feu entre les partis démocratiques et l'extrême droite, divise pourtant l'Allemagne depuis des mois. Plusieurs maires et élus locaux prônent une collaboration pragmatique au niveau local, remettant en question cette position de principe.
Pourtant, les prises de position de nombreux membres de l'AfD révèlent des convictions difficilement compatibles avec les principes constitutionnels allemands. Ulrich Siegmund, tête de liste de l'AfD en Saxe-Anhalt, a participé en 2023 à la rencontre secrète de Potsdam qui a popularisé le concept de « remigration », c'est-à-dire l'expulsion massive de demandeurs d'asile et d'étrangers en situation régulière.
Un programme controversé
La révélation de cette rencontre avait provoqué d'immenses manifestations à travers l'Allemagne. Aujourd'hui, le terme « remigration » figure toujours dans l'ébauche du programme officiel de l'AfD de Saxe-Anhalt, et Alice Weidel ne se prive pas de l'utiliser dans ses discours. Certains candidats promettent même d'« expulser (les étrangers) jusqu'à ce que l'asphalte des pistes de décollage se mette à cuire ».
Génération Deutschland, la nouvelle organisation jeunesse de l'AfD, flirte ouvertement avec la mouvance d'extrême droite. Plusieurs députés au Bundestag continuent de fréquenter Martin Sellner, l'identitaire autrichien à l'origine du concept de remigration et instigateur de la réunion de Potsdam. Pour l'Office de protection de la Constitution, l'AfD reste un parti xénophobe, islamophobe, prônant une conception ethnique de la nationalité et considérant les immigrés naturalisés pratiquant l'islam comme des citoyens de seconde classe.
Dans son programme pour les élections fédérales de 2025, l'AfD avait inscrit l'interdiction de construire des minarets et de proclamer l'appel à la prière dans les villes allemandes. Les instances dirigeantes du parti redoutaient que l'étiquette « extrémiste avéré » ne dissuade les électeurs hésitants, les donateurs et certains adhérents, notamment les fonctionnaires, militaires et juges craignant pour leur carrière. Le verdict de jeudi, même s'il n'est pas définitif, offre à l'AfD un visage plus acceptable au moment crucial des campagnes électorales.



