Un marathon oratoire pour célébrer l'Amérique de Trump
Il s'est exprimé pendant près de deux heures, établissant un record historique : Donald Trump a prononcé mardi 24 février le plus long discours sur l'état de l'Union jamais enregistré, d'une durée de 1 heure et 48 minutes. Face au Congrès réuni, le président américain a proclamé l'entrée des États-Unis dans un "âge d'or", déclarant avec emphase : "Notre nation est de retour - meilleure, plus grande, plus riche, plus forte". Ces paroles ont été accueillies par les cris enthousiastes "USA, USA" des républicains présents dans l'hémicycle.
Une allocution télévisée à haute portée politique
L'hôte de la Maison-Blanche a pris la parole lors d'une allocution télévisée en "prime time", diffusée à 21h00 heure de Washington (03h00 mercredi heure française). Ce discours crucial offrait à Donald Trump une opportunité majeure de convaincre les électeurs de maintenir au pouvoir les républicains, qui contrôlent avec une majorité étroite les deux chambres du Congrès. L'enjeu est de taille puisque l'ensemble des sièges de la Chambre des représentants et une partie du Sénat seront en jeu lors des élections de mi-mandat en novembre prochain.
Une vision économique optimiste face aux réalités du terrain
Habitué des digressions parfois erratiques, Donald Trump s'en est cette fois tenu à son texte, consacrant la première partie de son allocution à l'économie. Il a dressé un panorama complet des problèmes économiques du quotidien – logement, santé, factures d'énergie – mais s'est une fois de plus abstenu de reconnaître que de nombreux Américains sont toujours aux prises avec le coût élevé de la vie. "L'inflation s'effondre", a-t-il affirmé, bien que le prix des denrées alimentaires, du logement ou des assurances reste plus élevé qu'il ne l'était il y a quelques années.
Selon le président républicain, le marché boursier, la production pétrolière et les investissements directs étrangers sont en plein essor, de même que les emplois dans le secteur de la construction et de l'industrie. Cependant, les données gouvernementales montrent que le nombre d'emplois dans le secteur industriel a baissé, et que les créations de poste sont restées globalement faibles. Un sondage Reuters/Ipsos révèle que seuls 36 % des Américains approuvent la gestion par Donald Trump de l'économie.
Une attitude mesurée envers la Cour suprême
S'il s'en est, comme à son habitude, pris à son prédécesseur démocrate Joe Biden, le président républicain est par ailleurs resté mesuré quant à la Cour suprême. Alors qu'il s'en était pris aux juges après qu'ils ont décidé vendredi d'invalider les droits de douane dits "réciproques" qu'il avait instaurés, Donald Trump a serré la main aux quatre membres de la Cour suprême présents dans la Chambre des représentants et n'a qualifié leur décision que de "malheureuse".
Les relations internationales en arrière-plan
Malgré l'attention portée par le président à la politique internationale depuis le début de son second mandat, la question a peu été abordée lors du discours. Donald Trump, qui a réaffirmé avoir "mis fin" à huit guerres, n'a presque pas fait mention de la guerre opposant la Russie et l'Ukraine, alors même que le conflit vient d'entrer dans sa quatrième année.
Le locataire de la Maison-Blanche n'a pas non plus fourni de détails sur ses plans concernant l'Iran, alors que l'inquiétude croît à propos d'un possible conflit avec Téhéran. "Je préfère régler ce problème par le biais de la démocratie", a déclaré Donald Trump. "Mais une chose est sûre, je ne permettrai jamais au premier mécène du terrorisme, ce qu'ils sont et de loin, d'avoir une arme nucléaire."
Des échanges tendus avec l'opposition démocrate
Alors que Donald Trump abordait son sujet favori, l'immigration, il a eu recours à la même rhétorique qu'il avait utilisée lors de sa campagne présidentielle en 2024. Il a notamment affirmé que les migrants sans-papiers étaient responsables d'une vague de crimes violents, bien que des études montrent que ce n'est pas le cas. "Vous devriez avoir honte", a lancé Donald Trump aux démocrates, leur reprochant de refuser de financer le département de la Sécurité intérieure (DHS). Les opérations du DHS sont en effet quasiment à l'arrêt en raison d'une querelle entre les républicains et les démocrates du Congrès à propos de la stratégie anti-immigration musclée de l'administration Trump.
Les sondages montrent que la plupart des Américains estiment que l'administration Trump a été trop loin dans son offensive anti-immigration, après deux fusillades mortelles controversées à Minneapolis impliquant des agents de la police fédérale de l'immigration (ICE). Alors que le président vantait l'application de sa politique en matière d'immigration, l'élue de Minneapolis Ilhan Omar a crié dans sa direction : "Vous avez tué des Américains !"
Des protestations variées dans les rangs démocrates
L'élu démocrate du Texas Al Green s'est vu contraint de quitter la Chambre des représentants après avoir brandi une pancarte sur laquelle on pouvait lire "les Noirs ne sont pas des singes". Une référence à une vidéo partagée plus tôt ce mois-ci sur un compte de réseaux sociaux de Donald Trump, représentant l'ancien président démocrate Barack Obama et l'ancienne première dame Michelle Obama sous les traits de singes. Al Green avait déjà pris Donald Trump à partie l'an dernier lors de son discours sur l'état de l'Union.
D'autres démocrates ont protesté de manière plus calme. L'élue de Hawaii Jill Tokuda portait une veste sur laquelle on pouvait lire "affordability" (un terme employé pour faire référence au caractère "abordable" des produits du quotidien) et "healthcare" (services de santé). De nombreuses démocrates arboraient également des badges disant "Publiez les documents", une référence au scandale autour de la publication de millions de documents du département de la Justice liés au défunt financier et délinquant sexuel Jeffrey Epstein, avec lequel Donald Trump a entretenu jadis une amitié. Plusieurs accusatrices de Jeffrey Epstein, invitées par les démocrates, se trouvaient dans la salle.



